Etat et collectivitésDamien Abad : « Un gouvernement entre grand recyclage et télé-réalité »

7 juillet 2020
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Le président des députés Les Républicains entend « juger sur pièce » les actes du nouveau gouvernement, mais dit douter de la capacité de Jean Castex à « changer le cap ». Il appelle à faire de l’emploi la « priorité ».

Que vous inspire l’arrivée d’un « gaulliste social » à Matignon ?

J’ai du respect pour l’homme et les convictions qu’il porte . Je ne doute pas de ses convictions gaullistes. Mais je m’interroge sur sa capacité à les porter au sein d’une majorité avec beaucoup de députés et de ministres venant de la gauche, qui plus est dans un moment politique où la majorité reste enfermée dans un « en même temps » ambigu et fluctuant. De Gaulle et Pompidou avaient une ligne politique claire et une majorité parlementaire cohérente.

L’arrivée de Jean Castex n’est-elle pas tout de même un nouveau coup dur pour la droite ?

Le Premier ministre devra composer avec une majorité plurielle, bien plus à gauche que lui. Je demande à voir quelle sera sa capacité à changer le cap. Parce qu’il faut changer de cap pour retrouver de la souveraineté, sanitaire, de la souveraineté économique et remettre la valeur travail au centre du projet politique. Tout ceci a été abîmé. L’électorat de droite attend des actes forts. Quand on est de droite, on doit faire une vraie réforme des retraites et on ne peut pas se satisfaire de l’abandon de toute mesure d’âge. Quand on est de droite, on diminue les impôts et on ne se cache pas derrière l’écologie pour inventer de nouvelles taxes. Quand est de droite, on ne peut pas porter une politique pénale laxiste qui brise le lien entre la police et la nation.

Etes-vous convaincu par la nouvelle équipe gouvernementale ?

Encore faudrait-il que l’équipe soit nouvelle ! On nous annonçait le grand chamboule-tout, mais c’est plutôt le grand recyclage : les trois quarts étaient déjà ministres hier ! Quant aux nouveaux, ce sont les anges de la télé-réalité. On a privilégié le « m’as-tu vu à la télé ? » sur la cohérence d’ensemble. Un gouvernement, ce n’est pas un casting de célébrités médiatiques, cela devrait être une équipe cohérente au service de la nation.

Votre nom a circulé. Avez-vous été contacté ?

Malgré des œillades et des messages indirects, j’ai toujours rappelé ma profonde volonté de rester président du groupe LR. Ce n’est pas un refus de servir la France, mais une déclaration d’amour aux députés de mon groupe, une preuve de fidélité à mes convictions, et de la loyauté à l’égard de celles et ceux qui me soutiennent. Ma mission pour l’avenir de la droite est devant moi, pas derrière.

Emmanuel Macron entend « dessiner un nouveau chemin ». Quel devrait-il être ?

J’attends d’abord que la priorité soit faite sur l’emploi, notamment des jeunes , et la relance économique. Des choses positives ont été faites pendant la crise mais il faut aller plus loin. On doit pouvoir baisser les impôts sur les entreprises pour améliorer leur compétitivité, alléger les charges sociales pour aider l’emploi et construire une dette productive, qui corresponde à des investissements futurs. C’est un choix majeur. Nous regrettons d’ailleurs le sectarisme de la majorité qui a voté contre un certain nombre de nos propositions, comme l’exonération de charges sociales pour les jeunes embauchés en CDI ou la baisse temporaire de la TVA à 5,5 pour l’hôtellerie et la restauration.

Le deuxième pilier, c’est construire un bouclier qui permette de faire face à de nouvelle crise. Bouclier sanitaire mais aussi environnemental, car laisser le monopole de l’écologie à des gens qui veulent la transformer en une idéologie marxisante est une grande erreur.

Une grande conférence des territoires doit se tenir cet été. Que réclamez-vous ?

La question des territoires mérite un traitement au quotidien et concret. Ce qu’il faut n’est pas un Etat déconcentré, mais un véritable pacte de confiance entre l’Etat et les collectivités locales qui permette de gérer des éléments de la vie quotidienne au plus près des Français. L’enjeu, c’est de faire face à la fracture territoriale, qui n’a pas disparu avec les « gilets jaunes ».

Le vote contre de la droite est-il certain lors de la déclaration de politique générale ?

Comme toujours dans notre groupe, il y aura une position majoritaire mais une liberté de vote. J’y tiens : c’est notre marque de fabrique face à des marcheurs aux ordres. Mais la feuille de route de la droite, sa différence avec celle de l’exécutif, est plus importante que le vote lui-même.

Certains, à LR, rêvent qu’Edouard Philippe soit le candidat de la droite à la présidentielle. Vous aussi ?

C’est quelqu’un qui force le respect et dont une bonne partie de l’électorat de droite a apprécié la sobriété et l’élégance politique. Mais je ne crois pas à la politique fiction. Avant de faire des plans sur la comète, il faut construire la comète. La droite aura besoin d’une incarnation politique, mais elle a surtout besoin aujourd’hui de fédérer, de trouver des nouvelles idées et d’incarner une modernité politique. Le temps presse. Il faut mettre les bouchées doubles.

Je ne peux pas me résoudre à l’idée que la droite devienne un petit îlot totalement replié sur lui-même. Si on pense qu’il faut s’opposer de manière plus dure et plus caricaturale à la politique actuelle pour pouvoir être identifié, on risque de disparaître. Ma volonté, c’est de continuer à faire de la droite la première force de propositions. C’est la seule voie pour l’alternance.

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

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