Etat et collectivitésChristian Jacob: « Macron fait de l’agitation »

17 juin 2020
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Pour Christian Jacob, président des Républicains, le chef de l’État n’est plus en mesure de conduire de réformes d’ici à 2022.

Vous avez écrit une lettre au premier ministre après plusieurs journées de violences à Dijon. Que lui demandez-vous ?

Le silence d’Édouard Philippe résonne comme un aveu d’impuissance coupable qui met gravement en danger l’ordre public. La situation est d’une extrême gravité et on assiste à une démission collective du gouvernement face au crime organisé et aux voyous. On a un gouvernement qui désarme, au propre comme au figuré, sa police, alors qu’il faut apporter à nos forces de sécurité un soutien sans faille. On ne peut pas se résoudre à voir les valeurs de la République bafouées et l’autorité publique ainsi foulée aux pieds. La responsabilité de ce qui se passe revient à Emmanuel Macron et Édouard Philippe. On a besoin de remettre un pilote dans l’avion et d’appliquer des mesures fortes, notamment l’expulsion des étrangers à l’origine de ces exactions et la suspension des aides sociales pour les fauteurs de troubles. Le premier ministre, plutôt que de s’occuper de sa campagne, au Havre, ferait mieux de s’occuper de son gouvernement et d’être à Matignon.

Comment avez-vous accueilli l’allocution d’Emmanuel Macron qui parle d’un « nouveau chemin » ?

Emmanuel Macron est sûrement le seul à l’ignorer, mais, pour ce qui est des réformes, son quinquennat est terminé. Les réformes qu’il n’a pas été capable de faire en trois ans avant le Covid, il ne va pas les faire en 18 mois ! Les résultats sont affligeants, il en est réduit à faire de l’agitation. Il a perdu la confiance des Français, sa majorité vole en éclats, son gouvernement est au bout du rouleau et ses résultats sont catastrophiques. En 2019, la conduite de la politique économique menée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe se solde par le pire déficit de la zone euro, le pire déficit commercial d’Europe et un des plus mauvais taux de croissance, une dette historiquement haute avec un taux d’endettement supérieur à 100 %, et le record européen des prélèvements obligatoires. Voilà la politique conduite dans le prolongement de celle de François Hollande par Emmanuel Macron. Quand le président de la République nous parle de nouveau cap, qu’il soit déjà capable d’en donner un à sa majorité ! Comment pourrait-il agir désormais ? Il s’est mis dans une impasse.

Emmanuel Macron parle de « concorde nationale ». Vous ne craignez pas le débauchage d’élus LR, comme en 2017 ?

Qui va monter sur le Titanic quand il est en train de couler ?

Le chef de l’État réfléchit à décaler les régionales à 2022, comme l’a révélé Le Figaro. Qu’en pensez-vous ?

Les élections, c’est un rendez-vous démocratique avec le peuple, ce n’est pas le fait du prince. Ça ne peut pas être M. Macron qui, en opportunité politique, décide de reporter, demain les régionales, et pourquoi pas, tant qu’on y est, après-demain, nous annoncer qu’il reporte les élections présidentielles ?

Faut-il aller vers une réorganisation territoriale ?

Bien sûr ! Mais il n’y a rien de nouveau dans ce que dit Emmanuel Macron. Ce discours-là, il l’a tenu maintes fois. Pourquoi on le croirait davantage aujourd’hui plus qu’hier ?

LR organise vendredi un séminaire de travail. Vous trancherez la ligne du parti ?

Depuis le début, j’insiste sur un point: l’importance du travail collectif. Je n’ai pas voulu confier la préparation du projet à une seule personne, comme ça se faisait habituellement. On a organisé une quinzaine de forums thématiques, que ce soit sur les sujets régaliens, l’économie, le social, l’éducation. Depuis février, c’est plus de 80 réunions qui se sont tenues, en visio ou en présentiel, avec une centaine d’experts de la société civile. Vendredi, c’est toute l’équipe dirigeante qui se réunira pour réfléchir, ensemble sur l’économie, la croissance, l’écologie, l’ascenseur social, le dialogue social. Mais aussi les questions souveraineté, de répartition des compétences entre l’État, les collectivités territoriales, l’Europe. À l’issue des forums, nous allons établir un premier rapport d’étapes avant le 14 juillet. Ce travail de fond sera envoyé dans chacune des fédérations départementales. Ce ne sera pas un programme avec des propositions ficelées. Ça n’a pas de sens vingt mois avant la présidentielle. Procédons étape par étape. Autre rendez-vous important, celui de la jeunesse les 28 et 29 août avec quatre tables rondes et surtout beaucoup de débats: l’Europe, écologie et économie ; la démocratie 2.0 ; les fractures territoriales et l’unité de la République. Ensuite, tout cela débouchera sur notre congrès des idées, que nous avons décalé, du fait de la crise sanitaire, à novembre. Il actera ces différents axes de travail et cela permettra de s’engager sur la deuxième étape, celle de la préparation du projet qui aboutira à l’été 2021.

Un congrès en novembre, donc… à l’automne, au moment où François Baroin doit dévoiler son intention d’être ou non candidat à la présidentielle.

Le moment de l’incarnation viendra, mais ce n’est pas aujourd’hui. Je crois beaucoup à la force du collectif. S’il suffisait d’une incarnation pour résoudre tous les maux de la droite, ça se saurait ! On a eu des personnalités suffisamment talentueuses par le passé dans notre famille politique. On voit bien que la réponse n’est pas là. Dans cette période de reconstruction, il faut faire preuve de modestie et d’humilité, et s’attaquer au travail des idées. Ensuite, chacun sait ce que je pense. François Baroin a, de mon point de vue, toutes les qualités humaines, les compétences, l’expérience, l’ancrage sur le terrain, le tempérament. Mais c’est une décision personnelle, qui lui revient. N’inversons pas les choses. Il faut faire d’abord un travail de fond. Arrêtons de croire qu’il suffit d’avoir un candidat, deux ans avant, pour gagner les élections.

Chaque nouveau président du parti lance un travail des idées… avant que son successeur ne le fasse aussi. Pourquoi là ça marcherait mieux ?

C’est la première fois qu’on organise un travail collectif de cette ampleur, notamment avec des forums. Avant, le projet était confié à un parlementaire. Nous avons choisi d’associer l’ensemble des élus territoriaux et des parlementaires, ainsi que des représentants de la société civile.

Faut-il mener des statistiques ethniques comme le prône, à LR, Julien Aubert ?

Je sais qu’un certain nombre de mes amis y sont favorables. J’ai toujours été prudent sur ce sujet. Je suis attaché à la République une et indivisible. Quand on rentre dans la logique des statistiques ethniques, je dis attention de ne pas tomber dans le communautarisme avec le modèle d’une société américaine qui ne correspond pas du tout à la nôtre.

Le second tour des municipales a lieu le 28 juin. Êtes-vous confiant ?

Regardons les faits: au premier tour, sur les villes de plus de 9000 habitants, plus de 56 % ont été gagnées par les Républicains ou leurs alliés. Sur les villes de plus de 30.000 habitants, on est à 70 %. Le second tour révèle toujours son lot de surprises, ceci étant, les résultats du premier tour nous amènent à être confiants.

À Paris, c’est encore gagnable ?

Oui. Plus personne aujourd’hui ne peut sérieusement penser qu’Agnès Buzyn peut être maire de Paris. À commencer par elle. L’enjeu pour les Parisiens, c’est d’élire un maire. Soit ils sont satisfaits par la gestion de Mme Hidalgo, soit ils ne le sont pas. Alors, le seul projet alternatif, c’est celui de Rachida Dati. J’appelle les Parisiens à se mobiliser autour de ses listes.

Craignez-vous une défaite à Marseille ? Une enquête préliminaire a été ouverte sur de possibles fraudes aux procurations dans l’équipe de la candidate LR.

Je vois bien l’utilisation politique qui en est faite, mais j’apporte mon soutien total et ma confiance à Martine Vassal. À ma connaissance, il n’y a pas de faute.

Autre dossier épineux: Lyon. Est-ce que l’ex-président de LR Laurent Wauquiez ne vous a pas compliqué la tâche en nouant un accord avec Gérard Collomb, alors LREM, pour la ville et la métropole ?

Ramenons les choses à ce qu’elles sont. Sur 273 villes de plus de 30.000 habitants, il y a 6 villes où il y a eu un accord, dont 3 pour lesquelles LREM a retiré son investiture. Là, ce n’est pas Laurent Wauquiez qui est candidat ; c’est l’ensemble des élus de la Métropole de Lyon qui se rassemblent autour de notre candidat François-Noël Buffet contre les Verts et l’extrême gauche.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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