SécuritéEric Ciotti : « La rupture entre Castaner et la police est totale »

12 juin 2020
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Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, condamne les manifestations contre les «violences policières» et met en garde contre l’instrumentalisation de l’affaire George Floyd.

Christophe Castaner affirme être « le premier défenseur des flics de France » mais il a provoqué l’indignation des forces de l’ordre. Comment expliquez-vous un tel climat ?

La crédibilité du ministre de l’Intérieur actuel auprès des policiers a toujours été très faible. Mais aujourd’hui, la rupture entre celui qui prétend être le patron des « flics » et la police est totale et définitive. Jamais un ministre de l’Intérieur n’a lâché ses troupes aussi piteusement. La colère est immense chez les policiers. Ils sont blessés et ils l’expriment comme ils l’ont fait mercredi soir à Nice en déposant leurs menottes. Je sens chez eux une forme d’abattement et d’écœurement.

En recevant les syndicats, Castaner n’est-il pas en train de corriger le tir ?

Quand on est ministre de l’Intérieur, on garde son sang-froid dans la tempête. Il a cédé à la pression médiatique et mesure aujourd’hui les ravages de son discours. Son rétropédalage n’effacera pas la lâcheté ressentie par les policiers.

Le chef de l’État semble vouloir s’affirmer en soutien de la nation tout entière…

Pour l’instant, il s’est surtout affirmé comme le digne successeur de François Hollande. La famille Traoré lui a infligé la même humiliation que Leonarda après son injonction incroyable à la garde des Sceaux. J’espère qu’il sortira dimanche de son silence assourdissant pour dire que notre pays fait confiance à sa police, que celle-ci est républicaine et que chacun doit la respecter avec confiance. J’attends du président de la République du courage, enfin.

Le ministère de l’Intérieur affirme vouloir lutter contre le racisme dans la police, moderniser les méthodes d’interpellation ou consolider l’indépendance de la police des polices. Qu’en pensez-vous ?

Il faut combattre de manière implacable les comportements racistes d’une infime minorité qui salit la police mais il faut également rappeler que, chaque jour, 30 policiers et gendarmes sont blessés en missions et 110 sont agressés. La suspicion de racisme conduisant à la suspension est une aberration morale et un monstre juridique, alors que la police est sans doute l’institution la plus contrôlée. Désormais, n’importe quelle personne arrêtée pourra accuser un policier de racisme et obtenir sa suspension. Avec les gendarmes, les policiers sont les derniers remparts contre le communautarisme, la loi des bandes et des gangs. Sans eux, il n’y a plus de République. Je suis choqué quand le ministre de l’Intérieur ne porte pas plainte contre de pseudo-artistes qui accusent la police de racisme ou de terrorisme. Rappelez-vous l’image terrible de ce policier de couleur traité de «vendu» par des manifestants prétendument antiracistes.

L’interdiction de la méthode « d’étranglement » est-elle nécessaire ?

Nos forces de l’ordre sont les seules à pouvoir exercer la contrainte légitime. Quand quelqu’un ne respecte pas la loi et refuse d’obtempérer, elles utilisent la force. Les priver de cette méthode, c’est les rendre impuissantes. Substituer cette technique par le Taser est incompréhensible car cette arme est beaucoup plus dangereuse. Pour sécuriser les interventions policières, il faut consolider la formation et généraliser les caméras piétons qui sont dissuasives. Castaner en a acheté 10.000 en Chine mais elles sont défaillantes, faute d’autonomie suffisante. Ces caméras peuvent conduire les policiers à respecter scrupuleusement le code de déontologie auquel ils sont soumis et vérifier que les tirs de LBD ne ciblent pas les visages.

Que retenez-vous du dernier sondage Odoxa-Le Figaro sur l’image des policiers ?

Avec 76 % de bonnes opinions, la confiance des Français demeure massive ! Là est l’essentiel.

Demandez-vous l’interdiction de la manifestation contre les « violences policières » prévue samedi ?

Bien sûr. Les Français risquaient 135 euros d’amende s’ils sortaient de chez eux au-delà d’une heure durant le confinement. J’ai également en mémoire le survol des hélicoptères sur le littoral méditerranéen traquant les baigneurs… Personne ne peut comprendre ce «deux poids, deux mesures» laissant des manifestations interdites prospérer dans le cadre de l’état d’urgence. Quand la République choisit ceux qui peuvent transgresser la loi, elle se fracture et laisse aux communautés le pouvoir d’imposer leurs règles.

Le ministre Castaner vous répondra que les règles fixées par l’État s’effacent devant l’ampleur de l’émotion provoquée par l’affaire George Floyd aux États-Unis…

Quand l’émotion s’impose à la loi, c’est l’état de droit qui disparaît. Ce qui s’est passé aux États-Unis est une abomination. Cela a suscité une émotion légitime que je partage. Rappelons néanmoins que les États-Unis n’ont rien à voir avec la France. Certains veulent exploiter l’émotion américaine pour déstabiliser la police républicaine et donc notre pays tout entier. Je regrette que le gouvernement soit tombé béatement dans ce piège grossier. En quelques phrases, Castaner a détruit toute notre architecture juridique. La suspicion avérée à la place de la preuve, l’émotion supérieure à la loi… C’est inédit, grotesque et surtout, très dangereux.

Le pouvoir ne tente-t-il pas d’éviter un embrasement des banlieues ?

Plus nous reculerons, plus ce problème sera explosif si l’on n’y met pas un coup d’arrêt, avec courage, quel qu’en soit le prix. Les fractures de notre pays ne sont que la conséquence d’abandons permanents. Aujourd’hui, pour y répondre, il n’y a pas d’autre solution que la loi, la loi et encore la loi.

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