SociétéLe redressement est possible

8 juin 2020
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Le déclin de la France est incontestable mais n’a rien d’inéluctable, argumentent Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat et François-Xavier Bellamy, président de la délégation française du groupe PPE au Parlement européen.

Avec la fin du confinement vient le moment de reconstruire. La France n’est pas sortie de l’épreuve, au contraire. Nous ne surmonterons pas cette crise sans regarder la réalité en face.

La première vérité, c’est que dans la crise sanitaire, les derniers de cordée ont tenu le pays à bout de bras. Le «vieux monde» a permis à la France de tenir. De la caissière au médecin généraliste, de l’agriculteur au gendarme ou au policier, du chauffeur routier au maire rural, ils étaient les oubliés et parfois les réprouvés du macronisme: pas assez mobiles, disruptifs, pas assez «start-up nation». Ces oubliés sont pourtant ceux qui ont assuré l’essentiel dans l’épreuve, quand tout semblait menacé.

La seconde vérité, c’est que l’État a failli. Malgré les énergies et les efforts exceptionnels déployés sur le terrain, il n’a pas su garantir masques et tests en quantité suffisante pour endiguer l’épidémie. Nos aînés dans les maisons de retraite sont morts de la maladie dans la solitude, et parfois même de la solitude elle-même à laquelle cette pénurie les a contraints. Alors que d’autres pays européens avaient déjà repris une vie normale, notre économie est longtemps restée figée – et chaque jour de cette glaciation va se payer en précarité, en chômage, en faillites. L’État s’est révélé incapable d’anticiper, de réagir, d’organiser.

La vérité, enfin, c’est que notre nation s’est affaiblie. Pour le malheur des Français, on leur a longtemps expliqué que la mondialisation était forcément heureuse. Qu’on pouvait se passer de fabriquer des médicaments chez nous, puisqu’il y en avait en Chine. Qu’il n’y avait plus besoin de frontières pour nous protéger. Que le progrès perpétuel et la technologie sans frein nous dispensaient de prendre notre destin en main. Les Français ont été bercés d’illusions, et ces illusions nous ont entraînés sur la pente du déclin. Nous avons besoin d’un sursaut national. Notre salut ne dépendra que de nous. Quel parent, quel professeur, quel chef oserait dire qu’on peut sortir d’une épreuve par la facilité? Jamais un peuple n’a surmonté une crise sans un surcroît d’effort.

Ces efforts, c’est d’abord d’en haut qu’ils doivent venir. Nous pouvons faire le constat de faillite de ce millefeuille administratif qui a dispersé les moyens tout en compliquant la décision et en décourageant l’initiative. Notre État, qui prélève plus sur le travail des Français qu’aucun autre au monde, n’a même plus les moyens d’assumer ses missions élémentaires. Il est urgent que la puissance publique se concentre enfin sur l’essentiel: retrouver notre capacité d’agir, au lieu de subir une compétition déséquilibrée avec le reste du monde ; construire une stratégie de long terme au lieu de céder aux calculs tactiques du moment ; reconquérir notre souveraineté. Notre famille politique devra imposer un profond changement des règles européennes sur la concurrence, mais aussi des réformes audacieuses sur la simplification administrative et la fiscalité. Il faudra redonner aux Français la liberté et la responsabilité sans lesquelles il n’est pas de grand peuple. L’État doit fixer la stratégie et veiller à l’équité, mais il doit aussi encourager, déléguer, libérer. Il faudra un nouvel acte de décentralisation vers la société civile et vers les collectivités. Désormais, nous ne ferons plus confiance à l’État qu’à la mesure de la confiance qu’il nous accordera.

Ce sursaut dépend aussi de chacun d’entre nous. Ceux qui parlent de relocalisations et de réindustrialisation parlent dans le vent s’ils ne disent pas clairement aux Français que cela implique de remettre le travail au cœur de notre société. Depuis longtemps notre pays consomme plus qu’il ne produit et s’offre l’illusion d’un maintien de son niveau de vie au prix d’un déficit chronique qui pèsera sur nos enfants. Nous devons rompre avec ce modèle, qui nous a laissés si démunis face à la crise. Mais cela ne se fera pas sans effort. Il ne peut y avoir de modèle plus solidaire, plus écologique sans retrouver notre capacité de produire ce dont nous avons besoin, et donc sans renouer avec le travail que cela implique. Rappeler cette vérité est plus exigeant que de proclamer de grands principes bavards et consensuels pour le rêve d’après ou de signer des chèques en blanc sur l’avenir. Mais nous prenons le pari que les Français attendent ce sursaut. Ils voient bien que toutes les fictions s’effondrent. Que nous sommes toujours moins prospères et moins heureux, dans un pays qui décroche et s’efface.

Et pourtant, nous voyons partout des trésors d’énergie et d’inventivité qui ne demandent qu’à jaillir. Nous devons faire de cette crise l’occasion de sortir du mensonge pour sortir de la léthargie. Retrouver par notre travail l’espoir de vivre mieux, et de transmettre un pays plus solide aux enfants qui nous relaieront demain. Le sentiment d’une confiance, d’une fierté retrouvée. Le sentiment d’être un peuple, qui a encore de grandes choses à faire en commun! C’est maintenant qu’il faut choisir entre le déclin et le renouveau.

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