Etat et collectivitésFrançois Baroin : « La droite en termine avec un long cycle de défaites »

8 juin 2020
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Son silence pendant la crise du Covid-19 avait surpris. Président de l’influente Association des maires de France (AMF), François Baroin avait choisi de se taire quand les édiles étaient en première ligne, suscitant déception et inquiétude de ses amis et semant le doute sur son ambition présidentielle. Pressé de se dévoiler par ceux qui le voient en meilleur champion de la droite pour 2022, le maire de Troyes prend date aujourd’hui : « Quelle que soit ma décision, je clarifierai mes intentions à l’automne », promet-il. Le 23 septembre, il doit publier un nouveau livre, aux Éditions de l’Observatoire. Le président de l’AMF, dont le mandat a été prolongé d’un an, jusqu’en novembre 2021, en raison de la crise, veut y tirer les leçons du coronavirus, et avancer des propositions. Mais il ne faudra pas y lire une déclaration de candidature, selon lui. « J’espère qu’il nourrira le débat des idées de ma famille politique, dit-il. Mais la question de l’incarnation, c’est un autre sujet. Ce n’est pas ce rendez-vous-là. » D’ici là, nul doute qu’il sera très attendu à la rentrée politique de LR, organisée fin août à Nîmes par le président du parti, son ami Christian Jacob.

Craignez-vous une forte abstention au second tour des municipales, comme ce fut le cas au premier tour en raison du coronavirus ?

Si le gouvernement confirme la possible tenue du scrutin, il faut tout faire pour que la participation soit la plus élevée possible. Les propositions du Sénat visant à faciliter les procurations vont dans la bonne direction. Le risque épidémique sera bien sûr une clé de la mobilisation le 28 juin. Au premier tour, les maires avaient adapté les bureaux de vote à la situation sanitaire, selon les recommandations du ministère de l’Intérieur. Nous le ferons encore cette fois-ci, et ce sera de nature à rassurer les électeurs. À partir du moment où la vie reprend son cours normal, la démocratie doit en faire partie.

L’enjeu du scrutin est-il local ou national ?

Il serait paradoxal de faire appel aux maires à chaque fois que le Président est en délicatesse avec le pays et d’expliquer ensuite que ce scrutin est purement local ! Les scores des candidats d’Emmanuel Macron au premier tour ont souvent été très décevants pour eux, pour ne pas dire humiliants. Ils ont été punis par les électeurs, qui sanctionnent leur incompréhension complète du besoin de proximité. C’est un échec sévère pour le parti du Président, qui avait abordé cette échéance avec beaucoup de certitudes : il mesure désormais le peu d’intérêt que les électeurs lui portent. Le premier tour a en revanche été un succès pour Les Républicains, qui restent la première force politique municipale. La droite en termine avec un long cycle de défaites. Cette dynamique va conforter la reconstruction de notre parti engagée par Christian Jacob, qui a su rassembler nos alliés naturels.

Le macronisme n’est-il, selon vous, qu’une parenthèse ?

L’histoire le dira. Mais je suis frappé du traitement fait à Gérard Collomb : son rôle a été décisif en 2017 pour donner un peu de crédibilité à Macron aux yeux des élus locaux. Le voir se faire traiter de traître par ceux qui ont eux-mêmes quitté leur parti à l’époque pour le suivre dans cette démarche… c’est un peu l’histoire des arroseurs arrosés pour LREM !

Est-ce le retour du clivage gauche-droite ?

Jamais, depuis 1958, un parti présidentiel n’avait eu un aussi faible enracinement local, c’est-à-dire avec le pays tel qu’il est. Au même moment, l’unité du groupe parlementaire LREM à l’Assemblée se dissout. Ils n’ont pas su trouver ce qui les rassemblait et cette lente dérive des continents va conduire à retrouver un paysage politique traditionnel : une droite populaire, forte d’une nouvelle génération qui a obtenu des scores spectaculaires aux municipales, comme à Reims, à Cannes ou à Chalon-sur-Saône, et une gauche qui reconstitue un arc assez large. La préoccupation environnementale est incontestable, mais elle n’est pas l’apanage d’un seul parti. Elle est portée par toutes les équipes municipales. Ce qui transcende aussi tous les clivages, c’est la demande d’efficacité locale. C’est pourquoi nous allons prendre une initiative très forte début juillet avec le Sénat et Territoires unis, qui rassemble régions, départements et communes.

Laquelle ?

Le Président semble encore à la recherche d’idées. Puisqu’il écrit au Parlement et au Conseil économique et social pour savoir ce qu’il faut faire, je lui dis qu’il y a une chose à faire d’urgence : un grand texte de libertés locales. Nous demanderons des transferts de compétences, de moyens et d’effectifs aux collectivités locales, et une modification de la Constitution, notamment de son article 72, pour consacrer leur autonomie fiscale et financière et leur libre administration. Emmanuel Macron doit acter la fin d’un schéma ultra-centralisé qui a montré son impuissance lors de cette crise. Il a l’opportunité de se saisir de ce grand chantier, peut-être le seul de son mandat utile pour le pays.

Est-ce une révolution girondine que vous demandez ?

Je souhaite une révolution de liberté et d’efficacité. Le statu quo n’est plus possible. La crise a mis en lumière, de façon douloureuse pour les Français, ce que nous disons depuis des années.

Faut-il sanctionner, lors de ce scrutin, la gestion de la crise du Covid-19 par le gouvernement ?

Les électeurs le diront. Mais de nombreux maires en place ont montré leur réactivité, leur vélocité, leur volonté d’être utiles et de régler les problèmes quand l’État a montré des défaillances criantes. Je pense notamment à la distribution de masques chirurgicaux. La médecine de ville, le médico-social, les aides à domicile en ont manqué, le gouvernement ayant accordé la priorité à l’hôpital. C’est quand même une très grande partie du secteur de la santé qui a été ainsi mis de côté par ce gouvernement. Quant aux promesses sur les masques grand public, elles n’ont été tenues que grâce à l’action de nombreux maires. Ce sont eux qui ont fait le travail.

Comment jugez-vous la gestion de la crise par le gouvernement ?

Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas tranché en début de crise qui devait être le pilote. Pour les élus, ce devait être le ministère de l’Intérieur. Il aurait fallu reconstituer le Conseil national de la sécurité civile abandonné par François Hollande. Il fallait aussi s’appuyer sur les militaires et les zones de défense pour combler le vide sidéral en matière de logistique, ce qui n’était pas dans les compétences du ministère de la Santé. La gestion de la proximité par ce pouvoir a été un échec incontestable.

LR a conclu des accords avec LREM dans cinq des dix grandes villes françaises. Vous n’êtes donc pas si opposés que cela au macronisme…

Les candidats d’En Marche, pour essayer d’exister, sont contraints de s’allier à ceux qui les ont battus. Aux échecs, c’est ce qu’on appelle un coup forcé : soit ils disparaissent du paysage, soit ils intègrent une majorité plus large sous l’autorité de maires républicains.

Vous gardez le mystère sur vos intentions pour la présidentielle. Vos amis espèrent un signe de votre part. Le ferez-vous cette année ?

Le temps n’est pas à la présidentielle. Les leçons de la crise doivent être tirées, c’est la priorité pour les Français. Quelle que soit ma décision, je clarifierai mes intentions à l’automne.

>> Lire l’interview sur LeJDD.fr

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