Etat et collectivitésEric Ciotti : « Le gouvernement vise à installer une forme d’auto-amnistie »

11 mai 2020
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Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, est « inquiet face à l’amateurisme du gouvernement ».

Quels enseignements tirez-vous du dernier débat parlementaire ?

Personnellement, je n’ai pas voté la prorogation de l’état d’urgence. Comme l’immense majorité des députés LR en première lecture (96 contre, 7 abstentions), avant la commission mixte paritaire. Donner les quasi-pleins pouvoirs jusqu’au 10 juillet à un gouvernement qui a démontré ses immenses limites m’a paru inconcevable. Nous devons au contraire retourner d’urgence à un fonctionnement démocratique normal.

La majorité a fini par abandonner son amendement sur la responsabilité des élus. Comment expliquez-vous ce retrait ?

Je suis persuadé qu’un des principaux objectifs du gouvernement vise à installer une forme d’autoamnistie. Profitant du légitime souci des sénateurs de mieux garantir la sécurité juridique des maires et des chefs d’entreprise, le gouvernement a voulu de façon indigne étendre ce dispositif. Un compromis a été trouvé mais comme tous les compromis, il n’est pas exempt d’ambiguïté et de risque. La rédaction du texte peut concerner des hauts fonctionnaires et des ministres. Le terme «notamment» pourrait laisser la porte ouverte à une exonération de leur responsabilité.

Les conditions de la réussite du déconfinement vous semblent-elles réunies ?

Je souhaite qu’il réussisse, mais je suis inquiet face à l’amateurisme du gouvernement. Ce déconfinement s’est très largement préparé dans la confusion. Un haut fonctionnaire me résumait assez bien la situation: les instructions oscillent entre complète désorganisation et administration soviétique. Je ne fais pas confiance à un gouvernement qui a tellement manqué d’anticipation, tellement hésité et tellement exprimé de contre-vérités. En revanche, je fais confiance à l’esprit civique des Français, mais de nombreuses questions demeurent. La garde des Sceaux a reconnu un rebond prévisible de la délinquance. Le choix irresponsable de diminuer la population carcérale de près de 15 000 détenus y contribuera fortement. Sur les masques, nous ne sommes pas prêts, car le gouvernement n’a rien anticipé depuis 2018, le stock de masques est passé d’1,7 milliard en 2012 sous Nicolas Sarkozy à 100 millions, à peine, en janvier 2020. Il faudra que le gouvernement s’explique. Sur l’école, c’est la cacophonie totale. Au plan économique, les premiers chiffres démontrent que la France décroche beaucoup plus fortement que ses partenaires européens, avec des conséquences gigantesques sur nos finances publiques. Par ailleurs, je considère que le dispositif de suivi des personnes touchées par le virus doit être mieux encadré, sans violer le secret médical. Pour cela j’aurais préféré que les médecins généralistes, méprisés au début de la crise, soient plus au cœur du dispositif. Néanmoins, grâce aux Républicains, le débat parlementaire a permis d’atténuer certains risques pour les libertés publiques.

Qu’attendez-vous de la saisine du Conseil constitutionnel par le président du Sénat, sachant que le chef de l’État sollicite également l’avis des Sages ?

On ne peut pas mettre notre démocratie durablement sous l’éteignoir. L’exécutif légifère par ordonnances et contrôle un Parlement réduit à sa portion congrue. Il faut sortir de cette situation. Le président de la République veut se donner le beau rôle mais il ne fait que suivre l’initiative opportune du président du Sénat. Sans la démarche de Gérard Larcher, je doute qu’il soit allé dans ce sens.

Comment voyez-vous la suite des relations entre le chef de l’État et le premier ministre ?

Les signes de conflit, apparus depuis plusieurs semaines et amplifiés depuis quelques jours, sont véritablement stupéfiants en cette période. Le président de la République parle d’un gouvernement d’union nationale, mais il ferait mieux de faire l’union dans son gouvernement. Je reconnais au premier ministre une forme de rigueur. En revanche, le chef de l’État s’est montré incapable de fixer un cap à la nation, se contentant de slogans creux, d’artifices de communication, de visites inappropriées et décalées jusqu’à cette séquence improbable avec le monde de la culture où il est paru totalement exalté. Les grands hommes d’État se sont toujours révélés dans la crise. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emmanuel Macron n’est pas dans cette catégorie. N’est pas de Gaulle ou Clemenceau qui veut. Quant aux dissidences du groupe LREM à l’Assemblée, je constate que les députés En marche! n’ont aucune liberté. Aujourd’hui, ils se révoltent et je peux le comprendre. Mais au-delà de l’arithmétique, le problème de cette majorité est son incohérence idéologique.

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