Santé et solidaritéBruno Retailleau : « On nepeut plus croire le Premier ministre sur parole »

4 mai 2020
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Bruno Retailleau, président du groupe les Républicains au Sénat et sénateur de Vendée, annonce que ces derniers s’abstiendront lors du vote du projet de loi sur le déconfinement.

La majorité lR du Sénat soutiendra-t-elle le gouvernement ?

Non. Dans cette crise inédite, la ligne que nous nous sommes fixée est celle de l’exigence et de la bienveillance. Nous avons voté les trois textes du gouvernement depuis le début de la crise, même si nous avions des réserves. Mais on ne peut plus croire le Premier ministre sur parole ; il y a eu trop de contre-vérités et de contradictions. Edouard Philippe nous dit par exemple qu’il va massifier le dépistage, mais l’un des critères pris en compte dans la coloration en rouge ou vert d’un département, c’est le manque de tests ! Nous nous abstiendrons, parce que nous ne voulons pas voter contre le principe du déconfinement, mais nous avons des doutes sur les conditions de sa réussite.

Que reprochez-vous au plan de déconfinement ?

Le chef du gouvernement construit sa stratégie comme on fait un pari, en croisant les doigts pour que ça ne tourne pas à la catastrophe. Je comprends que la prise de décision soit difficile, mais sa phrase clé résume tout : « Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas. » Comme si c’était de la météorologie ! Il aurait au contraire fallu créer les conditions pour casser la chaîne de contamination. Il fallait depuis des semaines généraliser les masques, massifier les tests, tracer et isoler pour garantir que ces indicateurs évoluent dans le bon sens. Le confinement ne suffit pas. Par exemple, pourquoi les brigades épidémiologiques prévues pour le déconfinement n’ont-elles pas été formées plus tôt ?

Que pensez-vous du projet de loi ?

D’abord, il ne dit rien sur la responsabilité des élus qui vont être en première ligne pour la réouverture des écoles. Ensuite, il ne rend pas le port du masque obligatoire dans l’espace public ; nous déposerons donc un amendement pour le faire. Enfin l’autre problème, c’est l’article 6.

Pourquoi ?

Il est dangereux pour les libertés publiques. Le gouvernement veut créer un système d’information à partir de nos données de santé, qui sont extrêmement sensibles. Et, contrairement au projet de l’application StopCovid, sans anonymisation ! Or, aujourd’hui tout est piratable. Quand on voit le contexte de précipitation et d’amateurisme dans lequel ce texte a été écrit, on imagine que les failles de sécurité seront béantes. Il n’y a aucune instance de contrôle pour la collecte des données, ni pour leur destruction ensuite. Et le dispositif est prévu pour durer un an, six fois plus longtemps que l’état d’urgence sanitaire ! L’exécutif nous demande aussi de l’autoriser à légiférer par ordonnances, donc sans passer par le Parlement, pour organiser « des » systèmes d ’information. Finalement, StopCovid était plus protecteur que ce qu’on nous propose aujourd’hui !

Saisirez-vous le Conseil constitutionnel ?

Le Conseil constitutionnel sera saisi au terme de la procédure législative, soit par 60 sénateurs, soit par le président du Sénat, Gérard Larcher. Celui-ci avait reçu des engagements du président de la République.

Lesquels ?

Lors d’une réunion, le 21 avril, Emmanuel Macron s’était engagé auprès de Gérard Larcher à traiter la question de la responsabilité des élus locaux. Or elle est absente du texte ! Le gouvernement doit respecter sa parole et les élus. Les maires ont l’habitude de monter au front, ce sont les fantassins de la République. Mais on ne peut pas leur demander de se dévouer sans qu’ils connaissent l’étendue de leurs responsabilités quand les écoles rouvriront. Il ne s’agit pas d’en exonérer les élus. Mais si un enfant tombe malade à l’école, on doit s’assurer que les maires ne seront pas poursuivis s’ils n’ont pas commis de faute délibérée, car les mesures sanitaires qu’ils auront prises leur auront été imposées par l’État.

>> Lire l’interview sur LeJDD.fr

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