Santé et solidaritéDamien Abad : « Nous serons contraints de nous abstenir en majorité »

28 avril 2020
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Le président du groupe les Républicains à l’Assemblée nationale reproche au gouvernement d’avoir précipité le vote du plan de déconfinement.

L’opposition s’est insurgée contre la précipitation du gouvernement qui a décidé, samedi soir, de présenter un plan ce mardi. Que lui reprochez-vous ?

Sans même avoir eu connaissance du contenu de ce plan, les députés devront se positionner par un vote dans la foulée de la déclaration du premier ministre. Nous ne pouvons voter un plan à l’aveugle, les yeux bandés, sans en connaître le contenu précis ni les modalités de mise en œuvre. Ce n’est pas uniquement l’opposition qui est ignorée mais l’ensemble du Parlement. Il est quelque peu curieux d’appeler à l’unité nationale et, dans le même temps, de s’asseoir sur le Parlement et la démocratie. L’objectif inavoué du gouvernement était d’éviter un vote sur l’application StopCovid. Voilà la seule raison de cette précipitation.

Les députés lR voteront-ils le plan du gouvernement ?

Depuis le début de la crise, nous sommes une opposition exigeante, responsableet force de propositions. Nous l’avons été en votant toutes les mesures d’urgence ainsi que les deux budgets rectificatifs. Cet esprit de responsabilité est la clé de voûte d’une sortie de crise réussie. En nous laissant quelques heures entre la présentation de son plan de déconfinement et son vote par les députés, le gouvernement a retiré cette clé de voûte. Dans ces conditions, les députés lR sont unanimes dans leur volonté de ne pas donner un blanc-seing au gouvernement en votant pour. Faute de temps pour étudier le plan, nous serons contraints de nous abstenir en grande majorité.

Comment accueillez-vous les premières pistes dévoilées par le gouvernement ?

Soyons clair : tout ce qui permet d’accélérer la reprise économique sous protection sanitaire va dans le bon sens. L’État doit tout mettre en œuvre pour protéger les populations mais aussi les entreprises. Il doit surtout donner de la visibilité et des consignes claires. Il est très difficile pour les Français comme pour l’opposition de se prononcer sur des recommandations ou des propositions de déconfinement qui changent en permanence. Le gouvernement doit cesser les injonctions contradictoires. Un jour on nous dit que les écoles rouvriront le 11 mai et le lendemain que le retour à l’école se fera sur la base du volontariat. Un jour on nous dit que le déconfinement sera régional et le lendemain que cette option est finalement écartée. Un jour on nous dit que les restaurants rouvriront mi-juin et le lendemain que ça ne sera finalement pas le cas. Un jour on nous dit que le port du masque est inutile voire contreproductif et quelques jours plus tard qu’il serait finalement recommandé. Comment voulez-vous que les Français s’y retrouvent ? Le gouvernement navigue hélas complètement à vue avec un plan de déconfinement flou et incohérent, ce qui crée beaucoup d’angoisse chez les Français.

Jugez-vous la France prête pour le déconfinement le 11 mai ?

La France oui, l’État, j’ai des doutes. Si le gouvernement n’est pas en mesure de fournir à la France suffisamment de masques ou de tests, notre pays ira tout droit vers une seconde vague de l’épidémie. Elle serait encore plus catastrophique que l’actuelle car elle plongerait notre économie dans l’incertitude complète. Plus on protège les Français, plus on libère l’économie. Le confinement était essentiel pour éviter un engorgement des services de réanimation et nous ne remercierons jamais assez nos personnels soignants pour leur travail exemplaire. Ces longues semaines auraient dû permettre au gouvernement de stocker des masques et des tests de façon à relancer rapidement notre économie. C’est le chemin suivi par l’Allemagne.

Les Républicains ont dévoilé un contre-plan de déconfinement. En quoi vous semble-t-il plus juste pour répondre à la crise ?

Pour être réussi, le déconfinement doit être clair, territorialisé et sous protection. Clair car il doit donner une perspective aux acteurs économiques. Territorialisé car nous devons pouvoir accélérer la reprise dans les départements les moins touchés. Sous protection car le monde d’avant ne peut ressembler au monde d’après. Notre projet respecte un strict équilibre entre l’indispensable besoin de renforcer la protection des Français et la nécessité absolue d’accélérer la reprise. Nous faisons une cinquantaine de propositions, fruit d’une contribution de l’ensemble des députés les Républicains. En matière économique, nous proposons des annulations de charges massives et un moratoire sur les normes. En matière sanitaire, nous demandons de rendre le port du masque obligatoire et de tester massivement pour éviter à tout prix une seconde vague.

Vous prônez la réouverture des restaurants dès le 11 mai, quand le gouvernement ne se prononcera que fin mai. Comment y arriveriez-vous ?

Par département et par des mesures sanitaires fortes définies par les acteurs professionnels et les ARS. Les départements comme le Cantal où il n’y a pas de Covid-19 doivent pouvoir rouvrir leurs cafés, hôtels et restaurants dès le 11 mai. Dans les zones les plus touchées, la reprise du secteur de la restauration doit se faire sous protection entre le 11 mai et le 15 juin. Les acteurs économiques attendent d’urgence un cap et un objectif clair pour la reprise.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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