Etat et collectivitésBruno Retailleau : « Cette crise a révélé l’Etat obèse »

27 avril 2020
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Pour Bruno Retailleau, président du groupe les Républicains au Sénat et sénateur de Vendée, la dépense publique seule ne permettra pas de surmonter le marasme causé par le Covid-19.

Alors que l’Etat providence semble plébiscité par la classe politique, y compris à droite, le président du groupe les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, pourfend la bureaucratie et demande que les Français travaillent plus.

La crise du Covid-19 semble signer le retour de l’Etat-providence. Etes-vous d’accord ?

La première réaction de l’Etat à la crise a été la dépense. Nous avons nationalisé les salaires de plus de 10 millions de Français. Cette réaction puissante, massive de l’Etat était nécessaire pour éviter à l’économie française de sombrer. Sans cela, la destruction de croissance d’aujourd’hui n’aurait pas été provisoire mais définitive. Mais ce que cette crise a aussi révélé, c’est un Etat obèse, omniprésent et pourtant impotent.

C’est-à-dire ?

La bureaucratie a ligoté l’Etat. Par sa complexité et par sa démesure, l’Etat s’est paralysé et il a été incapable de commander des masques ou des tests. La France est championne de la dépense publique, sociale, de la fiscalité et, pourtant, nos personnels soignants étaient sous-équipés. Ils ont été obligés de se tailler des surblouses dans des sacs-poubelles. Notre hôpital est sous-financé. La première vérité que l’on doit aux Français, c’est de dire que le niveau de la dépense publique n’est pas une garantie d’efficacité. Regardez l’Allemagne : la part de sa dépense publique par rapport à sa richesse nationale est 10 % moins importante que celle de la France. Pourtant, l’Allemagne a pu créer 40 000 nouveaux lits de réanimation contre 12 000 en France, les infirmières allemandes sont rémunérées 20 % de plus que leurs collègues françaises et il n’y a outre-Rhin pénurie ni de masques ni de tests.

Le modèle allemand doit nous servir d’exemple ?

Chaque nation a son modèle propre. Mais la relance, ça ne peut pas seulement être la dépense, c’est-à dire les impôts et la dette. Lors de la crise de 2008, il nous avait fallu pratiquement cinq ans pour retrouver le niveau de richesse d’avant. Là, il faudra sans doute une décennie. Ce n’est pas en travaillant moins que l’on s’en sortira.

Que proposez-vous ?

Ce que je propose, c’est un pacte de prospérité pour sortir de la crise. Il faut passer à une durée annuelle de travail de 1700 heures contre 1600 actuellement, c’est-à-dire environ 37 heures par semaine. Cela permettra à un salarié autour du smic de gagner 730 € en plus chaque année. Je propose de défiscaliser et décharger totalement les heures supplémentaires qui ne doivent pas grever, comme c’est le cas aujourd’hui, la prime d’activité. Cela permettrait de gagner 440 € annuels supplémentaires par salarié. En tout, pour un salarié au smic, cela représente l’équivalent d’un 13e mois de salaire. Mais pour ne pas fragiliser les entreprises, je souhaite aussi que l’on baisse les impôts de production. Enfin, nous devons redonner de l’élan à cette belle idée de la participation, en la fusionnant avec l’intéressement dans les entreprises de moins de 500 salariés. Les gains des salariés pourraient être versés chaque mois et entièrement défiscalisés pour les sommes de moins de 1 000 €.

Les fonctionnaires devront-ils aussi passer aux 37 heures ?

Nous avons 80 fonctionnaires pour 1 000 habitants, l’Allemagne, 60. La qualité de nos services publics reflète-t-elle cet écart-là ? Non. Il faudra demander aux fonctionnaires de travailler aussi 37 heures pour réaliser des économies sur la masse salariale. Tout n’est pas qu’une question de dépenses mais aussi d’organisation. Pour reprendre notre destin en main, je fais trois propositions. D’abord la débureaucratisation de l’Etat, en menant une guerre totale contre les 400 000 normes qui paralysent l’action. Ensuite la décentralisation, parce que la proximité, c’est l’efficacité. Enfin la relocalisation de nos activités vitales, telles que le sanitaire, l’alimentaire ou l’énergie. Nous devons lancer un grand plan de reconquête de notre souveraineté.

L’idée de François Fillon de réduire de 500 000 le nombre de fonctionnaires en cinq ans tient-elle encore ?

Aujourd’hui, dans la crise que nous traversons, ce chiffre est impossible à réaliser, même s’il faudra réduire la taille de la fonction publique administrative. Nous n’y couperons pas si nous voulons financer les investissements d’avenir qui nous manquent et baisser les charges qui découragent l’embauche.

Que proposez-vous pour ceux qui vont perdre leur emploi ?

Quand il y a une crise aussi profonde que celle que nous vivons, on doit pouvoir moduler les allocations chômage qui doivent être plus fortes que dans une période où il y a plus de travail.

Etes-vous inquiet d’une « dérive » dans votre famille politique qui pourrait être tentée par la dépense publique ?

Je serai inquiet si nous faisons, comme hier, le choix de la facilité et de la démagogie. Nous devons dire la vérité aux Français. Après une grande épreuve, le chemin du sursaut réclame toujours du courage.

>> Lire l’interview sur LeParisien.fr

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