Etat et collectivitésPierre-Henri Dumont et Raphaël Schellenberger: « Un gouvernement d’union nationale n’est pas souhaitable pour la République »

21 avril 2020
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Dans la lignée de son discours guerrier du 16 mars, Emmanuel Macron laisse infuser l’idée que la sortie politique de la crise sanitaire ne peut se faire qu’à travers la constitution d’un gouvernement d’union nationale.

La participation à un tel gouvernement mettrait à mal notre démocratie.

Depuis 2017, le Président de la République porte une vision manichéenne de la démocratie, où ceux qui ne partagent pas ses idées lui sont inférieurs et où le Parlement n’est qu’une perte de temps, le tout exacerbé par une majorité soumise et hors-sol qui ne tire sa légitimité – et son avenir – que de la figure même du chef de l’Etat.

En renvoyant dos à dos les partis politiques de gouvernement de gauche et de droite et en positionnant la nécessité de faire des choix de raison plutôt que de société, Emmanuel Macron a voulu effacer la possibilité des clivages.

Aujourd’hui un gouvernement d’union nationale signerait la fin définitive du débat d’idées, où le clivage politique s’effacerait définitivement derrière une division dévastatrice entre d’un côté les responsables et de l’autre les irresponsables, entre le camp du bien et le camp du mal. Les tensions qui traversent notre société atteindraient leur paroxysme.

La démocratie française et la tradition politique de notre pays méritent mieux que cela.

Tout pouvoir nécessite un contre-pouvoir. Aujourd’hui, seule la droite républicaine peut, légitimement, être ce contre-pouvoir. Toute compromission au sein d’un gouvernement d’union nationale entérinerait sa disparition, au moment même où le consensus sur la loi d’urgence sanitaire a accordé au Président et à son gouvernement un pouvoir immense.

Tentation. Le devoir de la droite parlementaire sera aussi de faire la lumière sur les défaillances de l’Etat et les responsabilités du gouvernement dans l’anticipation et la gestion cette crise, là où certains de nos voisins étrangers s’en sortent bien mieux. Or, nous ne pouvons à la fois être juge et partie.

Enfin, la participation de la droite à un gouvernement d’union nationale laisserait définitivement le champ libre aux populismes et servirait, en 2022, de marchepied au Rassemblement national devenu de facto seule opposition.

Certains de nos amis estiment que, dans leur plan de carrière, ils ne peuvent plus perdre de temps dans l’opposition parlementaire, sentiment renforcé par la médiocrité de certains ministres. Nous les appelons à ne pas céder à la tentation d’un éphémère maroquin ministériel qui condamnerait définitivement toute idée d’existence même d’une opposition républicaine à Emmanuel Macron. Il s’agit là d’une immense responsabilité : effacer son ambition personnelle pour, demain, assumer un destin collectif.

La constitution d’un gouvernement d’union nationale ne serait pas l’union des forces pour la nation, mais serait l’effacement des différences au profit d’un seul homme. En rejetant cette tentation, nous préserverons la France de lendemains pires que la crise que nous traversons.

Pierre-Henri Dumont est député du Pas-de-Calais et Raphaël Schellenberger député du Haut-Rhin. Ils sont tous les deux secrétaires généraux adjoints des Républicains.

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