Santé et solidaritéDamien Abad : « On a longtemps répété aux français qu’ils avaient le meilleur système de santé au monde. C’est faux. »

9 avril 2020
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amien Abad, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Nationale, pose un diagnostic sur la crise sanitaire actuelle. En tant qu’opposant « responsable », il veut rester vigilant sur les problèmes éthiques soulevés par la pandémie et plus particulièrement ceux liés aux EHPAD.

L’épidémie n’est-elle pas le révélateur malheureux d’une situation déjà critique dans les EHPAD ?

Le Covid-19 cristallise et révèle une situation de dysfonctionnements passés, un sentiment d’abandon de nos aînés dans les EHPAD. Effectivement, je crois que c’est un malaise profond dans nos sociétés. Nous avons déconsidéré la question de nos aînés, la question de la dépendance et la question de la vie dans les EHPAD. Je m’étais saisi du problème il y a plusieurs années déjà, en dénonçant une situation au bord de la maltraitance humaine à cause d’un manque de moyens humains et un manque de matériels. Le financement des EHPAD est un problème ancien qui réapparaît malheureusement au plus mauvais moment.

Vous dénoncez l’impossible transparence dans nos EHPAD, qu’entendez-vous par cette formule ? Plus globalement, quels problèmes éthiques posent aujourd’hui cette crise sanitaire ?

C’est l’énorme difficulté dans la remontée d’informations sur la situation réelle dans les structures, notamment sur le nombre de personnes contaminées et le nombre de personnes décédées du coronavirus. Certains directeurs de ces structures ou même les agences régionales de santé (ARS) ne transmettent pas suffisamment les informations. L’opacité et la culture du secret en France visent à masquer la réalité, soit par peur de plaintes de la part des familles, soit par réflexe culturel. On a donc besoin de cette transparence pour tirer demain toutes les leçons de cette crise et améliorer la vie dans nos établissements accueillant les Français dépendants.

Au-delà des EHPAD, il y a eu des injonctions contradictoires du gouvernement qui nous a dit en mars que le port du masque était inutile, et en avril il nous dit le contraire. Même chose pour les tests. On a affirmé au début qu’il ne fallait pas tester tout le monde alors qu’aujourd’hui on réalise que le test se développe. Je souhaite d’ailleurs le dépistage massif de tous les résidents et du personnel soignant des EHPAD. De plus, je plaide pour une cartographie et un calendrier département par département de la capacité à dépister massivement dans les EHPAD. Je veux mettre l’accent sur le recours insuffisant aux cliniques privées en lien avec les hôpitaux publics. Je suis aussi soucieux de la question du confinement dans les EHPAD. Il y a 700 000 résidents dans ces établissements en France. On parle beaucoup de la détresse respiratoire, j’ai bien peur que la détresse sociale fasse aussi beaucoup de dégâts. Je plaide pour la création d’un droit de visite hebdomadaire par un seul membre de la famille qui serait testé négativement au préalable afin d’éviter de rompre le lien social. Il est primordial de préserver un lien avec les familles.

Aujourd’hui, on a un peu l’impression de découvrir l’existence de ces personnes âgées ou dépendantes dans les EHPAD et cela, malheureusement, à cause de l’hécatombe qu’elles subissent. N’y-a-t-il pas une réflexion à avoir sur la vision que porte notre société sur la fragilité, la vieillesse et la dépendance ?

Bien sûr, c’est la question de la solidarité intergénérationnelle. L’une des erreurs de la politique d’Emmanuel Macron a été de monter les générations les unes contre les autres. Je crois au contraire qu’il faut une solidarité entre le troisième et le quatrième âge. Dans la réforme des retraites, j’ai combattu pour qu’il y ait un fonds qui permette le financement la dépendance. Quand on a un âge avancé, on a le droit à une vie digne, y compris lorsque qu’on est malade ou handicapé. Ce sujet concerne également les nouvelles générations avec lesquelles il faudra réfléchir à des mécanismes d’entraide et de solidarité intergénérationnelle.

À la suite de toutes les polémiques que la crise sanitaire a suscitées, comment se placent les Républicains ? Quel est leur rôle dans l’opposition ?

Le parti a fait le choix d’une opposition responsable, mais déterminée. Évidemment, nous sommes pour l’unité nationale mais cela ne signifie pas que le parti a fait un chèque en blanc à la majorité. L’unité nationale repose sur une exigence de transparence et une exigence de vérité. L’unité nationale, nous ne la devons pas au gouvernement, en revanche nous la devons aux blouses blanches, aux Français qui se battent sur le front, à cette France du travail qui tient la France debout. Le rôle des Républicains est d’être la “hotline” des territoires et des attentes des citoyens.

Au quotidien, nous recueillons les interrogations des Français sur tous les sujets. Ensuite, nous les faisons remonter au gouvernement et nous posons des questions concrètes sans aucun tabou. Contrairement à Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, nous ne sommes pas dans la critique systématique et n’entretenons pas les thèses complotistes. En revanche, nous exigeons du gouvernement la vérité et la transparence. Deuxièmement, nous lui demandons de clarifier sa stratégie. Tout d’abord sur le confinement ; on voit bien qu’il y a un relâchement parce qu’on a parlé de déconfinement trop tôt. Il est nécessaire que ce confinement s’impose dans tous les territoires de la République sans exception, avec les moyens de pouvoir l’imposer pour éviter un déconfinement qui serait un échec. Des tests et des masques pour tous sont indispensables pour une préparation sereine vers la sortie de confinement.

Au niveau du choix économique, le gouvernement a pris des mesures. Certaines sont positives, comme le recours au chômage partiel. Mais nous ne saurions nous contenter de mesures de trésorerie. Je pense notamment à des allègements de charges pour ceux qui souffrent le plus : les artisans, les commerçants, les restaurateurs, les gérants de bars… Je souhaite qu’on remette en place un fond d’intervention et de soutien sur le modèle d’un Fonds d’intervention pour la sauvegarde de l’artisanat et du commerce (FISAC) simplifié. Je souhaite également une clarification de la doctrine sur la manière dont les entreprises peuvent travailler. Il faut qu’on ait une meilleure connaissance du travail en situation de confinement. Aujourd’hui, il est certain qu’il y aura beaucoup d’efforts à faire pour aider nos TPE, nos PME et tous ceux qui souffrent en silence.

Après plus d’un mois de confinement, quelles leçons peut-on tirer de la crise sanitaire ? Plus précisément, quid du système hospitalier de demain ?

Il y a deux grandes leçons à tirer de la crise. Tout d’abord, celle de la souveraineté sanitaire. La France doit retrouver son indépendance et sa souveraineté sanitaire. On ne peut plus dépendre du reste du monde et notamment de la Chine sur la production de masques, de tests et de gel. La relocalisation de la production nationale dans ces domaines est primordiale. Ce ne sont pas les entreprises qui ont failli mais plutôt l’État stratège. Dans un deuxième temps, on doit retrouver notre souveraineté économique. On le voit bien aujourd’hui, on a besoin d’entreprises qui produisent localement, on a besoin de consommer des produits locaux. En ce qui concerne le système hospitalier de demain, j’ai été un des premiers en France à dire que la fonction publique hospitalière ne devait souffrir d’aucune réduction d’effectifs. On manque de médecins, d’infirmiers et d’aides-soignants.

Il est nécessaire de remettre à plat notre système de santé. On a longtemps répété aux français qu’ils avaient le meilleur système de santé au monde. C’est faux. Nous disposons certainement des meilleurs praticiens au monde mais le système est défaillant car il ne peut pas obtenir le matériel médical minimum. L’EHPAD de demain est un établissement connecté avec l’extérieur, avec de l’animation sociale mais aussi et surtout un établissement dans lequel on respecte la dignité de la personne humaine pour chacun puisse profiter des dernières années de sa vie dignement.

Au parti des Républicains, on veut également de tirer des conclusions sur le plan éthique. Beaucoup de valeurs de cet ordre ont été bafouées durant cette crise. Songeons aux naissances tout d’abord ; beaucoup de pères ne peuvent pas assister aux accouchements. 140 000 bébés naîtront sans leur père en avril et en mai. C’est contraire à la dignité humaine. La présence du père est même une recommandation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Les questions liées au décès et son accompagnement sont aussi à prendre en compte. 100 000 défunts seront privés obsèques dignes. Toutes les crémations sont fermées au public. Il n’y pas plus de cérémonie ni d’accès au crématorium. La crise sanitaire ne devrait pas faire vaciller le faisceau de valeurs éthiques qui constituent notre société.

À la lumière de cette crise, comment aurions-nous pu éviter ces situations qui sont aujourd’hui contraires au respect de la dignité et aux valeurs éthiques de la société française ?

Tout simplement en généralisant des tests et du port des masques, les cérémonies et les rites auraient pu exister. Aujourd’hui, si des personnes ne peuvent pas venir à l’hôpital pour accompagner leur père ou leur mère en fin de vie, c’est parce qu’il n’y pas de masques et qu’on ne veut pas prendre de risques. Même chose sur le droit de visite des EHPAD. Demain, il faudra ce bouclier éthique qui garantit, même au cours d’une pandémie mondiale, la préservation des valeurs éthiques fondamentales à toutes sociétés humaines.

>> Lire l’interview sur ValeursActuelles.com

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