Santé et solidaritéChristian Jacob : « On est face à une crise nationale et mondiale sans précédent »

31 mars 2020
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Devant la situation sanitaire et économique du pays, Christian Jacob, président des Républicains, demande qu’une partie de l’activité industrielle soit réorientée vers la production d’équipements médicaux et de médicaments.

Vous avez eu le coronavirus. Comment allez-vous aujourd’hui ?

J’ai été touché comme des milliers de nos compatriotes. Après une semaine de traitement et plusieurs jours de repos, les choses vont mieux. Les symptômes ont disparu.

Beaucoup de Français se sont étonnés que les politiques soient testés. Comment cela s’est-il passé pour vous ?

Comme pour des milliers de Français. Ni plus ni moins. J’ai été examiné par un médecin des urgences parce que j’avais tous les symptômes. Il a décidé de me faire dépister car à l’issue de son examen, il a considéré que c’était nécessaire. Le test s’est révélé positif au Covid-19. J’ai alors scrupuleusement respecté les quatorze jours de confinement et le traitement.

Avez-vous été traité à la chloroquine ? Faut-il suivre ce traitement ?

Non, il ne m’a pas été prescrit. Mais, n’étant pas médecin, je ne me sens pas autorisé à me prononcer sur des prescriptions médicales. D’une manière générale, on est face à une crise nationale et mondiale sans précédent, totalement inédite. Ça oblige à beaucoup d’humilité, de recul et de modestie dans les commentaires qui peuvent être faits sur les décisions prises.

Vous diriez, comme Gérard Larcher dans une interview au Parisien, ce week-end, que vous êtes « aux côtés » du président et du premier ministre dans cette crise ?

Chacun doit être dans l’exercice de ses responsabilités. Je considère que le gouvernement est dans son rôle ; il agit. Le Parlement et notamment l’opposition lui ont donné tous les moyens d’agir en votant les lois d’habilitations. Elles permettent au gouvernement de pouvoir gouverner par ordonnances, ce qui n’est pas rien. Chez Les Républicains, nous avons agi avec le même sens des responsabilités que nous l’avions fait au moment des attentats. L’exécutif a son niveau de responsabilité, le législatif le sien. Je ne me substitue pas à l’exécutif. Ce qui compte aujourd’hui c’est de faire face à la crise sanitaire. C’est la priorité. On doit apporter tout notre soutien au personnel soignant, public et privé, à tous ceux qui travaillent dans les services aux personnes, dans les établissements comme à domicile, à tous les pompiers, policiers, gendarmes. Le premier des soutiens qu’on peut leur apporter c’est d’abord de respecter les consignes qui nous sont données en restant chez nous.

Peut-on parler d’union nationale ?

Spontanément, vous n’avez pas utilisé ce terme. L’union nationale vient en principe après une consultation démocratique et un débat politique. Chacun mesure alors l’état des forces au Parlement et décide ou non de faire l’union nationale. Aujourd’hui, on n’est pas dans ce cadre-là. Chacun agit en responsabilité dans le cadre qui est le sien.

Quand le premier ministre indique samedi soir qu’il ne « laissera personne dire qu’il y a eu du retard dans les décisions prises », êtes-vous d’accord ? Éric Ciotti ne partage pas ce point de vue…

J’ai aussi mon avis. Pour tout vous dire, je pense que la phrase du premier ministre n’était pas nécessaire. Mais le temps de l’analyse et du bilan qu’il conviendra de faire avec rigueur, sang-froid et toute l’objectivité nécessaire quant aux décisions prises, viendra plus tard. Aujourd’hui, on n’est pas dans ce temps-là, il faut faire face à la crise.

Faut-il aller plus loin que les mesures prises par l’exécutif ?

Des quatre coins de l’Hexagone et d’outre-mer nous remonte le manque de masques, de blouses, de charlottes, d’écouvillons, de respirateurs. Il faut avoir du matériel pour répondre à cette demande sanitaire urgente. Est-ce que l’on ne pourrait pas à grande échelle et dans les meilleurs délais reconvertir des usines existantes vers la production de ces matériels ? Est-ce que l’on ne pourrait pas aussi réorienter à grande échelle nos productions de produits pharmaceutiques et médicaux vers les produits dont on a besoin pour faire face au nombre de malades croissant ? Ces débats méritent d’être posés au-delà des formidables initiatives locales et individuelles. Je veux d’ailleurs saluer tous les élus locaux – maires, élus départementaux et régionaux, parlementaires – qui se démultiplient pour trouver des solutions locales, de l’achat de gel hydroalcoolique à l’obtention de masques. Il y a un dévouement et une mobilisation énorme de nos élus sur le terrain.

Faut-il aller jusqu’à la nationalisation des entreprises pour réorienter la production ?

Je pense qu’on peut le faire sans arriver à cette solution. À mon avis, beaucoup d’entreprises seraient prêtes à réorienter temporairement leurs productions pour faire face à la crise sanitaire actuelle. Par ailleurs, nous devrons nous poser la question de l’effacement partiel de dette pour accompagner les entreprises et de l’assouplissement des critères d’endettement. Après l’urgence sanitaire, c’est l’urgence économique qui se profile. Ce sujet doit être traité très vite : nous sommes en fin de mois, les entreprises versent les salaires en n’ayant plus de chiffre d’affaires. Les banques mais aussi les assurances doivent prendre leur part de responsabilité. Mais ces décisions devront être coordonnées au niveau européen. Enfin, il faudra se poser la question d’une évolution profonde de notre modèle social et économique avec pour premier défi celui de la solidarité envers tous ceux qui ont été victimes d’un arrêt brutal de production et d’activité économique.

Craignez-vous une fracturation accrue de la société française ?

Comment ne pas être inquiet ? C’est pour cela que je refuse d’entrer dans toute querelle politique. Il faut très vite une coordination des mesures de solidarité au niveau européen pour relancer nos économies. Les mesures uniquement nationales n’auraient pas de sens. Toutes nos économies sont imbriquées.

Vous aviez demandé le maintien du premier tour des élections municipales. N’était-ce pas une erreur alors que nombre d’assesseurs sont tombés malades ?

C’est le premier ministre qui a pris la décision de maintenir le premier tour en se fondant sur la consultation et l’avis du Comité scientifique. Il a expliqué ce choix publiquement. Quelques heures avant que ce débat ne surgisse, nous avions été réunis autour du premier ministre et des ministres de l’Intérieur et de la Santé. Personne alors, ni au gouvernement ni dans aucune formation politique, n’a évoqué de difficultés particulières pour la tenue du scrutin, compte tenu de la mise en place des consignes de distanciation et des gestes barrières imposés par le gouvernement dans les bureaux de vote.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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