Santé et solidaritéGérard Larcher : « La désunion nationale serait la pire des choses »

30 mars 2020
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Pour le président du Sénat, Gérard Larcher, le temps des réponses aux questions sur la gestion de la crise du Covid-19 viendra plus tard. La priorité est d’être rassemblés pour faire face à l’urgence sanitaire.

Le président du Sénat a reçu les journalistes du Parisien, vendredi matin, dans un Palais du Luxembourg quasi désert. Gérard Larcher, lui-même testé négatif au coronavirus après avoir ressenti « quelques symptômes », juge que dans la situation actuelle « la désunion nationale serait la pire des choses ».

Emmanuel Macron et l’exécutif font l’objet de critiques nombreuses quant à la gestion de la crise. Leur faites-vous confiance ?

Que les choses soient claires, face à cette crise sanitaire, je suis aux côtés du président de la République et du Premier ministre. L’heure n’est pas à la polémique. Elle est à l’action. C’est pourquoi, en responsabilité, le Sénat l’a montré en votant en quatre jours deux textes sur l’urgence financière et sanitaire. Nous avons des contacts réguliers avec le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale. La veille du Conseil des ministres, le Premier ministre nous a fait envoyer le contenu des ordonnances. Ce n’est pas si fréquent!

Vos relations avec le chef de l’Etat ont été très fraîches. Et maintenant ?

Nous échangeons régulièrement, et je suis totalement disponible en cas de besoin.

La crise sanitaire est-elle bien gérée ?

J’entends les interrogations, j’observe les dysfonctionnements. Mais j’insiste, l’urgence c’est la gestion des malades. Il faudra faire face dans quelques jours au pic épidémique. Viendra le temps des réponses aux questions qui sont légitimement posées aujourd’hui. Nous l’avions fait lors du H1N1 avec la mise en place d’une commission d’enquête ou lors de la canicule en 2003. Mais je ne mélange pas les temps. La priorité c’est d’être rassemblés, la désunion nationale serait la pire des choses.

Beaucoup de responsables de droite se disent favorables à un usage massif de la chloroquine. Et vous ?

Les médicaments n’appartiennent pas à un parti politique! Ils ne sont ni de droite ni de gauche. Je laisse les experts se prononcer sur l’efficacité de ce médicament. Je partage la décision du ministre de la Santé de laisser la responsabilité aux médecins hospitaliers de les utiliser et répondre au cas par cas, en attendant les résultats des études.

Le gouvernement réfléchit à la mise en place d’un « tracking », un système de traçage par téléphone, pour faire respecter le confinement. Une bonne solution ?

Il pose une question essentielle, celle de la protection de la vie privée. Mais ce qui peut paraître contraire à l’éthique et aux droits individuels aujourd’hui, peut s’avérer indispensable demain pour lutter contre les conséquences de l’épidémie. Je n’exclus rien a priori mais, si l’on passe au tracking individuel, cela doit être encadré par une loi et donc sous le contrôle du juge, il doit être limité dans le temps et sous le contrôle impératif du Parlement.

Vous avez soutenu les mesures d’urgence économiques et sociales. Elles sont limitées dans le temps. Souhaitez-vous les prolonger ?

Ces textes prévoient une limite de deux mois mais certaines ordonnances prévoient aussi la possibilité de prolonger certaines dispositions jusqu’à la fin de l’année. J’y suis favorable. Mais je le dis à nos concitoyens, à la sortie : il faudra se retrousser les manches !

En tant que président du Sénat, y a-t-il des sujets de préoccupation plus « territoriaux » ?

Depuis jeudi, le Sénat a mis en place une cellule téléphonique qui permet aux sénateurs de nous faire remonter les problèmes du terrain. Les maires sont une nouvelle fois en première ligne. La Poste qui a réduit fortement ses prestations pose un réel problème. J’ai appelé vendredi matin le président de la Poste pour le lui faire savoir.

Etes-vous favorable à la création d’une commission d’enquête parlementaire ?

C’est la conférence des présidents qui le décidera. Pour ma part, je suis par principe favorable aux prérogatives de contrôle du Parlement.

Des plaintes pénales sont déposées par la société civile contre des membres du gouvernement, accusés de négligence. Qu’en pensez-vous ?

Ça fait partie de la démocratie. Je ne trouve pas cela illégitime mais ne perdons pas de vue le cœur de la bataille : l’urgence sanitaire.

Comment sort-on de la crise ?

Il faut d’abord réussir techniquement le « déconfinement ». Cela suppose des capacités de dépistages massifs et les moyens de tester par prise de sang toutes les personnes nécessaires afin de savoir qui a été immunisé et éviter ainsi un rebond de l’épidémie. Olivier Véran a pris des engagements le 25 mars au Sénat. J’ai pris bonne note de ses déclarations. Dans le domaine de l’organisation de la santé, il va falloir une véritable révolution.

C’est-à-dire ?

Il va falloir tout remettre sur la table, du statut de l’hôpital à l’organisation public/privé en passant par la place de la médecine de ville. Il faudra se poser la question de la territorialisation de nos politiques de santé et de notre indépendance pour la production d’équipements et de médicaments.

L’Europe a-t-elle été à la hauteur ?

Je trouve qu’elle a bien réagi sur le plan financier. Par contre, en matière sanitaire, elle a démontré son manque de cohésion et son impréparation. Nous n’échapperons donc pas à une meilleure coordination de nos systèmes sanitaires. La santé doit devenir une compétence partagée de l’Union.

Faut-il maintenir le second tour des municipales ?

On saura le 23 mai, avec la remise au Premier ministre d’un rapport d’experts, si la situation sanitaire permet un second tour avant la fin juin pour les quelque 5 000 communes qui n’ont pas élu leur conseil municipal dès le premier tour. Sinon, ce sera à l’automne et je pense que le principe de sincérité du scrutin obligera à refaire les deux tours. Et dans ce cas, les sénatoriales prévues en septembre devront être reportées.

>> Lire l’interview sur LeParisien.fr

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