Travail et emploiDamien Abad : « Je m’inquiète pour toutes ces entreprises en fragilité et dans le flou total »

25 mars 2020
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Regrettant des « injonctions contradictoires » sur ce que les entreprises peuvent faire pendant la crise du coronavirus, le président du groupe LR à l’Assemblée réclame « un guide des bonnes pratiques » et un numéro d’urgence économique dans chaque département. Il propose une simplification du chômage partiel et une compensation pour les commerces non alimentaires.

Emmanuel Macron n’est pas favorable à un « confinement total » réclamé par certains médecins. Faudrait-il, selon vous, aller jusque-là ?

Ce qui est sûr, c’est que l’on doit avoir un confinement plus strict et mieux respecté. Le jogging, aussi important soit-il, devrait être interdit actuellement. Il faut réduire au strict minimum les transports en commun et ne maintenir que les activités essentielles à la survie de la population. Il faut aussi renforcer les moyens policiers dans les zones où le confinement n’est pas respecté et accroître encore le régime de sanctions.

Entre les exigences sanitaires – rester chez soi – et économiques – éviter un arrêt complet -, la France a-t-elle trouvé le bon équilibre ?

Ce qui est bancal, c’est la communication et parfois les injonctions contradictoires. Je m’inquiète notamment pour toutes ces entreprises intermédiaires, de 15 à 150 salariés, qui sont en fragilité parce qu’elles n’ont pas la trésorerie suffisante et sont dans le flou total sur ce qu’elles peuvent faire. Face à ce flou juridique, il y a deux réflexes : celui des salariés qui utilisent le droit de retrait ; celui des employeurs qui parfois ferment leur usine pensant pouvoir faire bénéficier à leurs salariés du chômage partiel. Pour permettre aux entreprises de savoir si elles peuvent mettre leurs salariés au travail ou pas, je demande au gouvernement de sortir au plus vite un guide des bonnes pratiques et de mettre sur pied un « 15 » économique, un numéro d’urgence décliné dans chaque département. Cela concerne une large part du tissu économique. Et il y a urgence.

Le dispositif mis en place – chômage partiel, congés payés, etc. – est-il suffisant ?

Le dispositif annoncé par Emmanuel Macron semblait suffisant. Mais la réalité économique est éloignée des annonces médiatiques. Beaucoup d’entreprises n’ont pas droit au chômage partiel. Sur le terrain, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, quasiment un dossier sur deux est actuellement rejeté. Nous sommes enfermés dans nos contraintes réglementaires et administratives. Trois semaines pour traiter un dossier à la BPI, c’est aussi beaucoup trop long. Pour réduire le temps entre le moment du décaissement et celui du remboursement, je demande que l’on applique le modèle suisse une déclaration immédiate de chômage partiel avec signature sur l’honneur dématérialisée sur Internet. Comme sur le plan sanitaire, je pense qu’il faut être très vigilant pour éviter une sorte de tri économique qui conduise à choisir les entreprises que l’on aide et celles que l’on laisse mourir. Il faut aussi penser à l’après. Pour favoriser la reprise via des entreprises de proximité, je propose d’assouplir le Code des marchés publics.

Quid des autoentrepreneurs ?

Il ne faut pas les oublier. Beaucoup d’autoentrepreneurs sont aujourd’hui sans revenu et ils ne sont intégrés à aucun dispositif de l’ Etat. Je pense notamment à tous les autoentrepreneurs qui ont commencé leur activité il y a moins d’un an. Pourquoi ne pas reprendre ce que l’administration Bush avait engagé en 2008 ? Je propose que l’on envoie immédiatement à chacun d’entre eux un chèque de 1500 euros.

Quels enseignements tirez-vous de cette crise sur le modèle économique et social français ?

Cela nécessitera une redéfinition des frontières entre l’Etat et le marché. De redéfinir aussi ce qu’est la souveraineté économique. Il faut une indépendance sanitaire – on ne peut pas dépendre de la Chine pour la production de masques, de gels ou de médicaments -, mais également une indépendance alimentaire et numérique. Toute baisse de la politique agricole commune serait une faute politique majeure. On peut connaître demain une crise climatique qui entraîne les mêmes situations de confinement. Et notre dépendance aux technologies américaine et chinoises est telle qu’il suffirait à l’Oncle Sam ou au dragon chinois d’appuyer sur le bouton « shutdown » pour mettre notre économie à plat.
Retrouver de la souveraineté ne veut pas dire la fermeture des frontières ou la fin de l’économie de marché. Mais face à la mondialisation, il faut avoir des moyens d’agir et de peser. Cela passe aussi par la territorialisation de l’action économique. Il faut sortir du jacobinisme économique et faire des régions de vrais pilotes sur le terrain.

L’hôpital public se plaignait d’un manque de moyens avant le coronavirus… Faudra-t-il les lui donner ?

Je l’avais déjà dit avant la crise : la réduction du nombre de fonctionnaires ne peut pas concerner la fonction publique hospitalière. Mais au-delà du nombre de soignants, il faut tout remettre à plat – c’est l’esprit de la commission d’enquête dont j’ai annoncé la création pour l ‘automne. Il y a des biens supérieurs de la nation et la santé en est un. Il doit y avoir une prise de responsabilité et de conscience : une erreur a été faite. L’économie de la santé ne peut pas obéir à des règles uniquement comptables, basées sur la tarification à l’activité et l’Ondam, l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie.

Des pétitions citoyennes demandent le reversement des amendes aux personnels soignants. Est-ce une bonne idée ?

C’est une idée généreuse et je la soutien. Même si ces montants sont symboliques, tous les gestes de solidarités sont bons à prendre. Je veux aussi saluer les dons des entreprises. Si l’Ain, mon département, n’a pas de pénurie de masques, ce n’est pas parce que l’Etat nous en a distribué, mais parce que les entreprises ont fait des dons aux hôpitaux.
Et c’est parce qu’on a besoin de solidarité dans cette crise que je propose que l’on compense les pertes des commerces non alimentaires. Pour ce faire, je souhaite que l’on ressorte le Fisac, le Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce, et qu’il soit abondé par les supermarchés et commerces qui peuvent continuer à fonctionner et vendent aussi du non-alimentaire. Enfin, sur le modèle de l’état de catastrophe naturelle, nous proposons d’instaurer un état de catastrophe sanitaire afin que les assurances puissent prendre en charge les pertes d’exploitation des entreprises.

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

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