Etat et collectivitésGérard Larcher : « Emmanuel Macron ne pourra pas enjamber le résultat des municipales »

5 mars 2020
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Le président du Sénat s’inquiète de l’état du pays et appelle l’exécutif à respecter les droits du Parlement en pleine réforme des retraites.

Vous avez demandé un report de 15 jours à Édouard Philippe concernant l’examen du texte sur les retraites pour attendre les conclusions de la conférence de financement. Que vous a-t-il répondu ?

Je n’ai pas encore la réponse définitive du premier ministre mais il a chargé le ministre des Relations avec le parlement de se rapprocher de moi pour trouver une solution. C’est une demande collective exprimée lors de la conférence des présidents au Sénat. Je demande tout simplement que les droits des parlementaires ne soient pas bafoués. On ne peut pas voter un texte si important sans la moindre idée du financement des mesures. Nous parlons de 14% du PIB. Le calendrier fixé par le premier ministre peut être respecté en acceptant notre demande. Nous sommes prêts à siéger en juillet. Au Sénat, l’ensemble des sénateurs souhaitent un débat sincère et serein. Or, jusque-là, les droits du parlement n’ont pas été concrètement respectés.

Quel jugement portez-vous sur la méthode du gouvernement qui fait le choix du 49.3 sur ce texte ?

Une fois encore, nous sommes confrontés à la verticalité de ce pouvoir et du président de la République. Les Français ont un sentiment de désordre. Il semble incroyable de ne pas avoir choisi le temps programmé qui permettait d’encadrer les débats. Le gouvernement nous dit qu’il faut aller vite car il y a les municipales puis, à partir de l’été, la réfection de la coupole à l’Assemblée nationale qui empêchera les députés de siéger. C’est un peu comme si les deux baromètres de la décision gouvernementale étaient les élections municipales et les interruptions nécessaires pour travaux prévus cet été à l’Assemblée ! Cela n’est pas sérieux ! La méthode est incompréhensible.

Comment comptez-vous aborder le débat sur les retraites au Sénat ?

La question du financement sera le sujet de fond du débat au Sénat. Car il n’est pas question d’abaisser le montant des pensions ni d’augmenter le niveau des cotisations pour ne nuire ni au pouvoir d’achat ni à la compétitivité des entreprises. Il est temps de poser la question de l’âge de départ à la retraite. Nous travaillerons sur les nouvelles pénibilités, les carrières longues, la transition des régimes spéciaux, les droits familiaux… Je pense qu’il faut construire un autre projet.

Quels sont les risques juridiques les plus évidents, à vos yeux, sur l’actuelle réforme des retraites proposée par le gouvernement ?

Il n’y a pas eu de vrai dialogue préalable sur une réforme de société majeure. Le Conseil d’État a d’ailleurs souligné la vacuité de l’étude d’impact. Autre incertitude juridique : le nombre d’ordonnances que le gouvernement souhaite utiliser. Je ne doute pas que le Conseil constitutionnel sera attentif à un certain nombre de dispositions.

Où en sont vos relations avec Emmanuel Macron ?

Elles sont républicaines. J’ai cru comprendre, pas médias interposés, qu’il envisageait de me reparler de révision constitutionnelle. Je suis disponible, le Sénat est disponible. On ne peut pas dire que nos relations ne soient pas cordiales. Nous nous sommes retrouvés le 26 février à Puy-Guillaume, lors de l’hommage à Michel Charasse. Mais il nous est arrivé d’avoir un dialogue plus soutenu ! Notre dernier rendez-vous date du printemps. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que nous entrons dans une phase d’apaisement.

Entre la crise du coronavirus et la réforme des retraites, comment ressentez-vous le pays ?

Plusieurs fractures minent la cohésion du pays et notamment la fracture territoriale que je ressens à chacun de mes déplacements. Cette épidémie de Coronavirus doit être gérée de la manière la plus solidaire et rationnelle possible. Il ne s’agit pas de minimiser : l’épidémie est sérieuse mais il faut faire preuve de responsabilité sans céder à la psychose. Le droit de retrait n’a donc aucun sens comme les stocks de provisions dans les supermarchés. Une approche territorialisée est nécessaire. Aucun territoire ne doit se sentir délaissé. Ce ne doit pas être le chacun pour soi. J’ai aussi des inquiétudes concernant l’hôpital public dont l’état financier se dégrade comme le moral des personnels. Il faut qu’on les conforte.

Souhaiteriez-vous un report des élections municipales ?

Surtout pas ! Je souhaite que nous n’en arrivions pas là et si on en arrivait à cette décision, elle devrait être collective. Un report nécessiterait probablement une loi.

Comment appréhendez-vous ce rendez-vous électoral ?

Souvenez-vous du lendemain des élections européennes et de la défaite LR. Beaucoup s’attendaient à une réplique aux municipales. Je ne sens pas de percée de LREM dans quelques jours ! Regardez les sondages, avec les réserves d’usage: à Troyes, d’un côté 65 % pour la liste de François Baroin, 4 % pour LREM. Ce n’est même pas humiliant, c’est dérisoire ! À Reims, Arnaud Robinet fait 55 % pour LR, LREM 5 %. Vous allez me dire que je fais des morceaux choisis. Je ne le crois pas. Tours devait être gagné par LREM ; ils font
12% ! Regardez à Bordeaux. Partout, il y a une confirmation des maires sortants. Je rappelle que la droite et le centre avaient largement remporté les élections de 2014. Ne nous y trompons pas : ces élections porteront un message politique. Emmanuel Macron ne pourra pas enjamber le résultat des municipales.

Rachida Dati peut-elle gagner à Paris ?

Oui, les choses deviennent possibles. Reconnaissons que sa campagne est excellente. Que son projet rencontre l’adhésion. Je le dis avec une part d’humilité, je n’étais pas « datiste » de la première heure. Je l’ai soutenue, j’ai essayé que les gens se rassemblent. Comme dans le 15e arrondissement.

Pourquoi sa campagne fonctionne-t-elle selon vous ?

Grâce à son équation personnelle et à son projet. Elle ose aller dans les arrondissements où la droite n’allait plus. Rachida Dati fait une campagne autour des sujets de proximité et de sécurité. Il faut reconnaître qu’il n’y a plus de police nationale présente au quotidien à Paris ! Il va bien falloir qu’elle revienne dans les rues. Ensuite, Rachida Dati a fait campagne sur la propreté, le logement, la circulation. La version intégriste de l’actuelle mairie qui dit : « pas de voiture, tout le monde en trottinette, en vélo et en cyclo rameur », c’est un message épouvantable pour tous les gens qui vivent autour de la capitale ! Il faut trouver un bon équilibre. On a fracturé Paris, ce qui est paradoxal pour la gauche. Dans certains arrondissements, l’image de la misère, de l’abandon, de l’insécurité, de la saleté, est indigne pour les gens qui y sont assignés.

Faut-il revenir sur le vote indirect à Paris, Lyon ou Marseille ?

Oui, il faudra réfléchir à ce système qui pose question sur le plan démocratique. Philippe Séguin ou Nathalie Kosciusko-Morizet étaient majoritaires en voix mais avaient perdu.

Comment jugez-vous l’état des Républicains ?

Beaucoup mieux ! On est en train de se reconstruire. Les choses avancent. Nous menons des réflexions sur un certain nombre de sujets comme l’économie, l’école, le handicap, l’immigration… On est en train de bâtir collectivement des réponses.

Êtes-vous toujours favorable à une primaire ?

Je suis pour une méthode de départage, peu importe le nom que nous devrons trouver ensemble après les municipales. Je nous fais confiance.

François Baroin est-il le meilleur candidat selon vous ?

On va attendre les municipales. Il y a vraiment une diversité de talents. François Baroin comptera dans l’équation mais c’est lui et lui seul qui décidera d’une éventuelle candidature.

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