Travail et emploiGuillaume Peltier : « Emmanuel Macron n’est pas un président qui réforme mais un président qui fracture »

3 mars 2020
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Avant le débat sur les motions de censure des oppositions à l’Assemblée, ce mardi, le vice-président délégué des Républicains fustige le recours au 49.3, qualifié de « travail de gribouille ». Il appelle l’exécutif à recevoir les présidents de partis et de groupes parlementaires et à modifier sa réforme des retraites en écoutant « enfin » les oppositions.

Comme celle de la gauche, la motion de censure de LR n’a aucune chance d’être adoptée. Qu’attendez-vous du débat de mardi ?

L’originalité des Républicains est de présenter non pas une motion d’obstruction mais une motion de propositions. Nous sommes la seule force politique à soutenir une réforme des retraites et à mettre sur la table un contre-projet financé, fondé sur la vérité – puisque nous vivons plus longtemps, il faut travailler plus longtemps – et sur la justice sociale – car la France n’est forte que quand elle est juste. Ce débat est une occasion démocratique de présenter cette troisième voie entre le mensonge et l’injustice du gouvernement et le statu quo et les blocages des extrêmes. Une troisième voie qui devra devenir, demain, un premier choix.

Selon les sondages, les deux tiers des électeurs de François Fillon restent favorables à la réforme de l’exécutif. Ce n’est pas un constat d’échec ?

Les Français et nos électeurs sont favorables à une réforme des retraites et ils ont raison, puisque nous aussi. Mais ils sont opposés à la réforme présentée par Emmanuel Macron . Les électeurs de droite sont en train de comprendre que la réforme du gouvernement, c’est plus de régimes spécifiques après Macron qu’il n’y avait de régimes spéciaux avant Macron. Que les caisses autonomes sont véritablement rackettées, comme le montre la légitime colère des avocats. Sans parler de l’absence de report de l’âge légal. Il suffit de voir l’addition des métiers hostiles à cette réforme pour savoir que nous sommes dans le vrai.

Il a fallu huit jours pour adopter le premier article de la réforme des retraites. L’exécutif pouvait-il faire autrement que dégainer le 49.3 ?

La question même du 49.3 n’est pas en cause. C’est un outil constitutionnel que nous défendons. Ce que nous rejetons, c’est la précipitation et la brutalité de la méthode utilisée, un samedi soir, à l’issue d’un Conseil des ministres qui devait être consacré au coronavirus . Ce travail de gribouille illustre d’ailleurs tout le fiasco de ce projet mal ficelé et lacunaire, présenté pourtant comme la mère de toutes les réformes. Au fond, Emmanuel Macron n’est pas un président qui réforme mais un président qui fracture.

Nous l’appelons à la sagesse et à l’apaisement. Il doit retirer son texte, reporter, à l’issue de la conférence de financement, l’examen au Sénat comme le propose Gérard Larcher, et écouter enfin les oppositions. Et le gouvernement, sur la forme, doit recevoir les présidents de partis et de groupes parlementaires. C’est la seule sortie de crise possible. Quand un texte aussi important pour l’avenir de nos enfants relève d’un budget de 320 milliards d’euros et 14 % du PIB, il est légitime que les Français et le Parlement soit respectés.

Le secrétaire d’Etat chargé des Retraites parle d’« un 49.3 de rassemblement », affirmant reprendre de nombreux amendements, y compris de l’opposition…

Il y a dans cette expression guignolesque toute la fragilité, la brutalité et l’arrogance du macronisme. Oser dire qu’avec le 49.3, la France est davantage rassemblée, c’est être dans le déni absolu de la réalité. La vérité, après plus de 1.000 jours d’Emmanuel Macron à l’Elysée, c’est que la France est divisée comme jamais. Sur la question des retraites comme sur tant d’autres, la majorité a systématiquement démontré son refus d’écouter, ne serait-ce qu’une seule contre-proposition de la droite républicaine.

Nous, nous avons voté environ 40 % des textes présentés par le gouvernement, et Dieu sait que ces textes étaient insuffisants et parcellaires. A l’inverse, la majorité n’a voté que 1 % des amendements présentés par notre famille politique. Qui sème le vent récolte la tempête ; qui sème la division récolte la colère.

Edouard Philippe invite les partenaires sociaux à « faire encore évoluer le texte ». Vous ne le croyez pas ?

Soyons sérieux. Pourquoi croire qu’il va faire demain ce qu’il a refusé hier ?

Dénoncez-vous, comme Jean-Luc Mélenchon, « les pulsions totalitaires » du macronisme ?

Les mots ont un sens : ça ne s’apparente pas à du totalitarisme, mais à une immense arrogance et une profonde déconnexion. Les mensonges et les injustices incarnées par Emmanuel Macron nourrissent les extrêmes. Et ces derniers, par leurs blocages et leurs excès, nourrissent Emmanuel Macron. Ce duel mortifère et la réforme des retraites symbolisent cet immense gâchis. Autour de Christian Jacob , nous rebâtissons les Républicains car la droite républicaine et populaire est la seule réponse à ces crises à répétition.

Sur les retraites, un référendum serait-il à vos yeux la solution ?

Non. S’il veut enfin faire preuve d’humilité et de sagesse, Emmanuel Macron a les cartes en main : qu’il retire son texte et propose enfin une réforme financée et juste.

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

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