Travail et emploiDamien Abad : « La Macronie privilégie les intérêts de son parti sur celui de son pays »

18 février 2020
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Alors que l’examen de la réforme des retraites débute à l’Assemblée, le président des députés LR invite le gouvernement à s’inspirer du projet de la droite.

Comment accueillez-vous le changement de ministre en charge de la réforme des retraites, à quelques heures de l’examen du texte ?

En plein débat sur les retraites et en pleine épidémie de coronavirus, c’est un très mauvais signal. Encore une fois la Macronie privilégie les intérêts de son parti sur celui de son pays. C’est un pied de nez fait à tous ceux qui ont cru dans le nouveau monde. Cette réforme des retraites est à l’image du duo Delevoye-Buzyn qui devait la porter: nulle et non avenue.

La droite veut une réforme mais condamne le texte du gouvernement. Quelle est votre stratégie ?

Notre vision est à l’opposé de celle du gouvernement, qui conduit une réforme à la fois injuste et égalitariste, étatique et abstraite, anxiogène et déresponsabilisante. Dès le mois de décembre, nous avons présenté un contre-projet reposant sur trois piliers : responsabilité, justice et liberté. Nous sommes dans le rôle d’une alternance gouvernementale sérieuse, dans la lignée des majorités de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Notre projet est « libre de droits ». Au lieu de céder au chantage de quelques poignées de grévistes qui défendent leurs privilèges, le gouvernement devrait s’en inspirer.

Combien d’amendements déposez-vous ?

Nous déposons 2 171 amendements, soit moins de 20 par député. L’enjeu n’est pas le nombre mais le contenu. Nous souhaitons défendre notre projet. Là est la différence fondamentale entre notre opposition et une opposition d’obstruction. Les Insoumis sont les idiots utiles du système. Plutôt que de combattre point par point cette réforme, ils font prendre le risque à la France d’avoir une réforme sans vote, si la majorité sort le 49-3. Mais le véritable responsable, c’est le gouvernement. S’il avait déposé le texte trois semaines plus tôt, il aurait pu mettre fin à l’obstruction de La France insoumise en engageant la procédure du temps législatif programmé. Il ne l’a pas fait, par amateurisme ou par cynisme. Nous, nous voulons incarner une opposition de gouvernement. Nos amendements auront pour objectif de préserver le niveau des retraites des Français, et de combattre les orientations les plus dangereuses du texte. Nous avons identifié une centaine de points durs.

Vous défendez le report de l’âge légal comme clef de voûte incontournable. Mais l’idée gouvernementale d’un changement de modèle n’est-elle pas une solution plus durable ?

Cette réforme défend un projet de société que nous ne pouvons pas partager. Notre système n’a pas besoin d’être bouleversé, il a besoin d’être ajusté. Il fallait avoir le courage de la clarté. Nous devions supprimer rapidement les régimes spéciaux, repousser l’âge légal et revaloriser les petites retraites. Ces trois mesures répondaient à un objectif de justice sociale. Elles permettaient de pérenniser notre système de retraite sans baisser les pensions. À l’inverse, le gouvernement invente une réforme démesurément complexe et anxiogène, si mal préparée que personne n’y comprend plus rien, et dont nous percevons progressivement tous les dangers. La commission spéciale aura au moins servi à cela : article après article, on a découvert un nouveau problème. Le gouvernement nous a ainsi annoncé qu’il ne garantirait plus vraiment la valeur du point. Il ne l’indexera plus sur les salaires mais sur un indicateur dont même l’Insee ne connaît pas la formule ! La réalité c’est que rien ne pourra garantir durablement la valeur du point.

Quel est le sujet le plus problématique de ce texte ?

C’est le point commun à tous les couacs gouvernementaux et institutionnels constatés depuis le début : la question du financement. La majorité s’est déchirée sur l’âge pivot, avant qu’Édouard Philippe ne recule.

Le Conseil d’État s’est alors inquiété de « projections financières lacunaires » avant que l’on annonce aux députés qu’ils voter une réforme sans connaître son financement. Comment peut-on sérieusement discuter d’un texte qui mobilise chaque année plus de 300 milliards d’euros sans savoir où l’on va prendre l’argent ? Le gouvernement joue à colin-maillard avec les Français ! Il a les yeux bandés et il prendra l’argent au premier contribuable qu’il aura touché. 300 milliards d’euros, c’est 4500 euros d’impôt annuel par Français !

Avez-vous estimé le coût global de cette réforme ?

La seule chose que nous savons c’est que ce coût sera explosif. Même des députés En Marche ! s’en inquiètent !

L’exécutif veut un vote avant l’été. Ce calendrier est-il tenable ?

Non ! Gérard Larcher et Christian Jacob ont raison : face aux doutes qui subsistent, le gouvernement doit se redonner du temps. Recourir au 49-3 à cause d’un calendrier trop serré serait une erreur majeure. À l’approche des municipales, je veux aussi insister sur un point, avec fermeté : faire siéger l’Assemblée pendant une période électorale serait une atteinte démocratique contraire à toute tradition républicaine. Janvier a été marqué par la circulaire Castaner qui voulait tripatouiller les résultats. Mars ne doit pas être le mois de l’enjambement des élections.

Que ferez-vous si votre contre-projet ne parvient pas à émerger du débat parlementaire ?

Soyons clairs : les inquiétudes qui pèsent sur notre système de retraite et sur le projet gouvernemental ne peuvent rester sans réponses. Ce projet, si le gouvernement le refuse, nous le présenterons aux Français.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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