Travail et emploiDamien Abad : « La conférence de financement des retraites est mort-née »

18 février 2020
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Pour le président du groupe LR à l’Assemblée, « le gouvernement s’est totalement embourbé dans une réforme trop coûteuse, très injuste, et tellement complexe que personne n’y comprend plus rien ». Il fustige, dans une interview aux « Echos », « l’abandon de poste » d’Agnès Buzyn et prévient qu’un recours à l’article 49-3 serait, pour l’exécutif, « une défaite politique majeure ».

Qu’attendez-vous de la conférence de financement des retraites, qui entre ce mardi dans le vif du sujet ?

J’attends d’elle qu’elle respecte ce pourquoi elle a été créée : trouver des financements pour notre système de retraite. A lire les prises de position successives, je crains qu’elle ne devienne la conférence des dépensiers. Tout porte à croire que cette conférence est mort-née. Elle aurait dû être organisée avant l’arrivée du texte dans l’hémicycle afin que les députés puissent débattre et voter de manière éclairée sur un texte complet. Au lieu de quoi, nous avons un débat tronqué, sur un projet de loi non financé, ce qui est totalement irresponsable de la part du gouvernement. Ce dernier doit désormais avoir le courage, seul, d’assumer un recul progressif de l’âge légal de départ à la retraite.

Quel regard portez-vous sur les premiers débats parlementaires ?

Ces débats ne sont pas dignes d’un Parlement moderne. Les députés de droite que nous sommes dénoncent l’amateurisme du gouvernement et l’irresponsabilité de La France insoumise. Le gouvernement est maître du calendrier, il aurait donc pu demander le temps législatif programmé pour mettre fin à l’obstruction parlementaire. Au lieu de cela, il a été incapable de faire voter sa réforme en commission spéciale. Les premiers débats nous confirment par ailleurs que le gouvernement s’est totalement embourbé dans une réforme trop coûteuse, très injuste, et tellement complexe que personne n’y comprend plus rien.

Le gouvernement n’exclut pas un recours au 49-3. Le comprendriez-vous, face à la guérilla d’amendements des Insoumis ?

Non, car la responsabilité première de cette situation incombe à l’exécutif. En outre, le 49-3 n’est pas là pour contourner l’obstruction parlementaire, mais pour resserrer les rangs de la majorité. Le 49-3, enfin, serait une défaite politique majeure pour un gouvernement qui ne s’en remettrait pas. Je rappelle qu’en 1993, en 2003 et en 2010, la droite a été capable de réformer les retraites et qu’elle n’a pas eu besoin du 49-3 pour y parvenir !

Nous souhaitons, nous aussi, une réforme des retraites, adoptée rapidement. Pour autant, rien ne justifie que le gouvernement fasse l’économie d’un vrai débat au Parlement en jouant la stratégie de la précipitation. Pourquoi d’ailleurs ce gouvernement est-il si pressé de faire adopter sa réforme alors qu’elle ne prévoit une suppression des régimes spéciaux que dans quarante ans ? Nous préférons une réforme adoptée quelques semaines plus tard et des régimes spéciaux supprimés quelques décennies plus tôt.

Le changement de ministre de la Santé, en plein débat sur les retraites, pose-t-il problème ?

Cet abandon de poste traduit le peu de solidarité de Madame Buzyn envers ce gouvernement, et envers cette réforme des retraites qu’elle ne voulait visiblement pas défendre à l’Assemblée nationale. En pleine crise de l’hôpital, en pleine épidémie de coronavirus, et alors que son grand plan dépendance n’a toujours pas été présenté, la démission de Madame Buzyn en dit long sur son sens des priorités.

Emmanuel Macron a appelé les élus de la majorité à « être fiers d’être des amateurs », raillant « les résultats qu’ont obtenus les soi-disant professionnels de la politique ». Que lui répondez-vous ?

Sur une réforme aussi complexe, aussi délicate, et aux conséquences aussi lourdes pour les Français, nous ne pourrons jamais nous satisfaire d’un travail d’amateurs. La politique, au contraire, a besoin de personnes solides et expérimentées. Cette expression d’Emmanuel Macron est une nouvelle preuve de son arrogance. Quand va-t-il avoir l’humilité de reconnaître que tout ce qui a été fait avant lui n’était pas forcément à jeter, et que tout ce qui a été fait avec lui n’est pas forcément à louer ?

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

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