EnergieFessenheim à l’arrêt, l’incohérence en marche

17 février 2020
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Dans moins d’une semaine, le samedi 22 février, la France arrêtera le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim, avant que ne s’éteigne à son tour le second réacteur en juin prochain. Ainsi s’achèvera une histoire industrielle riche de quarante ans au cours de laquelle le territoire de Fessenheim a œuvré en matière énergétique à l’avant-garde de la science et de la technique. Quarante années de succès au service de la consommation électrique des Français, que l’exploitant EDF et l’Autorité de sûreté nucléaire auraient vraisemblablement été en mesure de prolonger si la raison scientifique et le bon sens l’avaient emporté sur l’idéologie politique et l’organisation des peurs. Devenue trop symbolique aux yeux de ceux qui prétendent faire de l’écologie et en revendiquent le monopole, cette fermeture était lancée sur une voie que la cohérence ne pouvait plus détourner.

L’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim se résume à cela : une opération de communication pourtant à l’exact opposé de la stratégie énergétique du gouvernement. Le décalage entre la programmation pluriannuelle de l’énergie enfin présentée et ce que nous observons à Fessenheim est incroyable, et irresponsable.

Notons d’abord que les réacteurs nucléaires de 900 mégawatts du même type, du même âge et du même niveau de sûreté que celui de Fessenheim verront leur durée d’activité prolongée à cinquante ans. Cela démontre bien, en plus des rapports de l’Autorité de sûreté nucléaire, qui positionne systématiquement Fessenheim aux premiers rangs des centrales en matière de sûreté, qu’il n’y a absolument aucune raison technique de vouloir la fermeture de notre centrale. Sa production d’électricité a même atteint des performances historiques au cours de la décennie qui vient de s’achever, contribuant largement à l’approvisionnement de l’Alsace. Ainsi, 2015 a constitué la deuxième meilleure année de production depuis son intégration au réseau en 1977, avec 12,864 milliards de kilowatts-heure.

Il est maintenant préconisé de conduire l’arrêt des prochains réacteurs sans fermeture de sites nucléaires. Ce choix est juste et cohérent, je l’appelais de mes vœux dès 2017 afin de préserver l’économie dans les territoires concernés ainsi que les capacités de développement futur du nucléaire en France. Mais ce choix est l’exact opposé de ce qui va se produire à Fessenheim, où l’arrêt est net et définitif.

Au malheur d’avoir été choisi pour inaugurer prématurément une série de fermetures s’ajoute donc celui de subir une méthode dont le gouvernement lui-même reconnaît qu’elle ne saurait constituer un modèle pour l’avenir. En étant mise à l’arrêt, la centrale nucléaire de Fessenheim aurait au moins mérité un accompagnement exemplaire de l’ Etat, à la hauteur de sa pleine responsabilité dans une décision que le territoire n’a jamais souhaitée. Si un comité de pilotage a été mis en place il y a plus de deux ans, aucun des projets forts portés par les collectivités locales n’a été véritablement soutenu dans les faits par le gouvernement. Celui-ci laisse aujourd’hui le territoire seul face aux conséquences économiques, sociales et énergétiques de cette fermeture.

La centrale de Fessenheim ferme donc. Le gouvernement s’ en félicitera. En réalité, cet arrêt et sa conduite sonnent comme un sévère abandon.

Raphaël Schellenberger
Secrétaire général adjoint
Député du Haut-Rhin

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