Travail et emploiGérard Larcher : « Le 49.3, ça finit toujours mal »

3 février 2020
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Pour le président du Sénat, Gérard Larcher, la réforme des retraites, dont l’examen commence cette semaine à l’Assemblée nationale, n’est « définitivement pas [celle] qu’aurait faite la droite ».

Comment le débat parlementaire s’engage-t-il, selon vous ?

Cette réforme a été marquée par une faute originelle du gouvernement, qui a prétendu qu’il ne serait pas nécessaire de travailler plus longtemps, comme dans l’ensemble des pays européens. Pendant deux ans, l’exécutif n’a ni dit la vérité ni abordé les vrais sujets : quel niveau de cotisation ? Quel niveau de pension ? Quel âge légal ? Sur cette réforme, on est passé de l’adhésion des citoyens à la suspicion, puis au rejet. Résultat : une majorité de gens continuent à soutenir le mouvement social.

Un mauvais lancement, donc ?

Le principe d’un régime universel à points ne posait pas de problème au Sénat. Mais le débat s’engage sur un texte dont on ignore tous les éléments financiers, qui ne figurent pas dans l’étude d’impact. Comment engager un débat parlementaire en même temps qu’une conférence de financement ? Au prétexte de négocier avec les partenaires sociaux, on renvoie essentiellement à des ordonnances tous les éléments de déclinaison et de transition par secteur ! On est tout de même à près de 14 % du PIB, et on demande au Parlement de débattre sans savoir ce que ça va représenter en 2025 ou en 2027… Le Conseil d ‘Etat, qui a rarement été aussi sévère sur un avis, a lui-même souligné le caractère lacunaire des
« projections financières ».

Pourquoi le Sénat demande-t-il une levée de la procédure accélérée ?

Pour permettre, au moyen de deux lectures dans chaque chambre, d’éclairer ces inconnues. Et cela a été voté au Sénat par tous les groupes politiques, à l’exception de La République en marche, le groupe des indépendants s’abstenant. On ne peut pas décemment demander au Parlement de débattre et de se prononcer sans savoir ! On vient de passer deux ans à se concerter, et il faudrait maintenant tout expédier en trois mois ? Je tends la main au gouvernement pour qu’il se redonne du temps : il peut à tout moment lever la procédure accélérée. Je continuerai à le demander.

L’exécutif envisage d’utiliser le 49.3. Qu’en pensez-vous?

Mon conseil au gouvernement : ne pas l’utiliser. Ça finit toujours mal.

La France insoumise a déposé plus de 19 000 amendements. Que pensez-vous de cette guérilla ?

Quand vous préparez 29 ordonnances sur 40 sujets majeurs tels que les régimes, la situation des femmes, des enfants ou les réversions, il n’est pas illogique que les parlementaires tentent d’influer sur ce qu’il y aura dans ces ordonnances ! Mais attention aux amendements caricaturaux, qui abîment le travail parlementaire. Au Sénat, nous ne sommes jamais dans une procédure d’obstruction. Mais nous voulons un débat clair, transparent, compréhensible pour les Français.

La droite n’aurait-elle pas rêvé de conduire cette réforme ?

Non, car le pilier d’une réforme de droite repose sur l’âge de départ à la retraite. Nous aurions aussi examiné les carrières longues, la pénibilité et les toutes petites retraites. A l’exception de la réforme Touraine, c’est toujours la droite qui a réformé les retraites. Et à chaque fois en paramétrique. Or, là, le grand risque, c’est que ça se termine par une augmentation des cotisations, puis un pompage dans les réserves et enfin dans la cotisation pour le remboursement de la dette sociale (CRDS). Comment alors va-t-on financer la dépendance ? Pour tenter d’éteindre un front, on va en oublier un autre. C’est une politique de gribouille sur des masses financières énormes. Non, ce n’est définitivement pas la réforme qu’aurait faite la droite.

L’électorat de droite ne soutient-il pas cette réforme ?

Une partie de l’électorat de la droite et du centre pense qu’il faut réformer les retraites. Seuls MM. Martinez et Mélenchon, et Mme Le Pen, estiment qu’il n’y a pas de sujet. Mais j’ai peur qu’on aboutisse à bien peu de chose, pour un coût élevé et avec de vieilles recettes.

En 2020 auront lieu les sénatoriales. Serez-vous candidat à la présidence de la Chambre haute ?

Oui. Et pas à autre chose !

Les municipales auront un impact sur les sénatoriales. La droite peut y croire ? Ou le « nouveau monde » macroniste va-t-il se confirmer ?

Si le nouveau monde, c’est le comportement de Cédric Villani à sa sortie de l’Elysée, ou deux ministres qui ont failli s’affronter à Biarritz, je suis assez étonné ! Ce n’est pas le summum de la réussite politique du Président… La confiance n’a jamais été aussi forte envers les maires sortants, et il y avait eu un bon cru en 2014 pour la droite et le centre : ça devrait fonctionner pour nous. Mais laissons les Français s’exprimer.

Que reprochez-vous à la circulaire Castaner ?

La même chose que le Conseil d’Etat, qui vient de suspendre les dispositions de cette circulaire limitant l’attribution des nuances, par les préfets, dans les seules communes de plus de 9 000 habitants, et les conditions de la nuance « Liste divers Centre ». Les maires de Nice, Christian Estrosi ; de Toulouse, Jean-Luc Moudenc ; et d’Auxerre, Guy Férez, auraient été « divers centre »… De plus, cette circulaire conduisait à exclure de l’analyse 53 % des votes et 95 % des communes.

Ces élections peuvent-elles voir la droite renaître ?

J’ai une obsession : ne pas laisser la vie politique se réduire à un système binaire entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Reconstruisons l’alternative.

Comment ?

Il faut un projet, que prépare le député LR Aurélien Pradié pour cet été. Il est faux de dire que la droite ne pourrait pas se différencier de Macron. Nous ne sommes pas d’accord sur l’essentiel : l’immigration, la compétitivité des entreprises, la laïcité, la dépense publique, la décentralisation… Il faut relancer le dialogue entre des familles éclatées, et choisir notre
candidat(e) pour 2022.

Une primaire à droite, donc ?

Il faut imaginer un système de départage si aucun candidat ne s’impose naturellement

Qu’avez-vous pensé de l’émission de François Fillon, jeudi ?

Son procès sera difficile à vivre pour lui. Mais la procédure qui l’a visé a été conduite de manière particulièrement rapide. Par respect, je fais silence.

>> Lire l’interview sur LeJDD.fr

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