Travail et emploiChristian Jacob au Figaro : « Emmanuel Macron a trompé les Français »

16 janvier 2020
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Opposé à la réforme des retraites, le président de LR dénonce un « mépris sans précédent » pour le Parlement.

Vous avez demandé le retrait de la réforme des retraites. Pourtant, vos électeurs la soutiennent. Comprennent-ils votre position ?

La réalité, c’est qu’il n’y a plus de réforme. Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Nulle part ! Un mois et demi de blocages pour rien. Il n’y a aucune mesure de financement, aucune étude d’impact budgétaire sur un sujet aussi majeur… Quel amateurisme, quelle irresponsabilité ! Soit on fait une réforme sérieuse, soit on ne fait rien. Et aujourd’hui, le sérieux n’existe plus. Que les choses soient claires : LR a toujours été force de proposition et nous n’avons jamais été aux côtés des démagogues. Nous sommes pour une vraie mesure d’âge avec une augmentation progressive de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, puis à 65 ans. Assortie d’une prise en charge de la pénibilité pour les métiers difficiles qui permet de gagner un an tous les cinq ans (dans la limite de quatre années bonus). Le gouvernement a préféré un système bancal d’âge pivot qui revenait à baisser les pensions. On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens.

Malgré le retrait sous conditions de l’âge de pivot, le premier ministre a prévenu les partenaires sociaux qu’à défaut de nouvelles propositions pour équilibrer le régime des retraites, il prendrait ses responsabilités en avril. Vous ne le croyez pas ?

Quand on dit que l’on réforme tout en remettant le budget à plus tard, on ment aux Français. Il n’y aura pas de débat à l’Assemblée nationale sur le financement de ce budget de plus de 300 milliards d’euros qui représente 15 % du PIB. Le gouvernement préfère une conférence de financement qui risque de se transformer en concours Lépine des augmentations de cotisations et des baisses de pensions pour, in fine, passer par ordonnances. C’est un mépris complet et sans précédent du Parlement, je ne comprends pas que le président de l’Assemblée nationale et les membres de la majorité se laissent ainsi humilier.

Malgré certaines mesures exigeantes, le projet de la droite aurait-il provoqué moins de blocages ?

Oui, car nous n’avons pas menti pendant l’élection présidentielle. La légitimité du suffrage universel vous donne une force pour réformer. En disant qu’il ne toucherait pas à l’âge légal de départ à la retraite, Emmanuel Macron a trompé les Français, il a affabulé. Il s’était aussi engagé à créer un régime universel. Or, chaque jour qui passe, il lâche davantage sur les régimes spéciaux. Il y aura plus de dérogations après la réforme qu’avant…

La mobilisation est marquée par des violences. Les forces de l’ordre sont aussi critiquées. Y a-t-il un problème avec le maintien de l’ordre en France ?

Après avoir tout cédé aux voyous et aux casseurs à Notre-Dame-des-Landes plutôt que de respecter la volonté populaire, il ne faut pas s’étonner que des violences apparaissent partout et tout le temps. Quant aux forces de l’ordre, elles sont extrêmement sollicitées et exposées à une forte fatigue. Leur exaspération peut effectivement conduire à des gestes inacceptables. Mais soyons prudents et attendons le résultat des enquêtes.

Dans ce contexte tendu, les élections municipales seront-elles un test pour LR ?

Nous sommes devenus majoritaires sur les territoires en 2014 et nous ambitionnons de le rester. Le climat national n’est pas en faveur de La République en marche. D’évidence, ils craignent un vote sanction.

À Nice, Christian Estrosi va intégrer des représentants de LREM et du MoDem ; à Rouen, le candidat investi par LREM a également reçu votre soutien ; à Niort ou Angoulême, vous avez investi des chefs de file soutenant le candidat En marche !. Julien Aubert et Guillaume Larrivé s’en étonnent…

À ma demande, Julien Aubert et Guillaume Larrivé siègent en CNI, et, jusqu’à maintenant, toutes les décisions ont toujours été prises à la quasi-unanimité. Arrêtons les fantasmes : jamais nous n’avons investi un candidat En marche !. Tous nos candidats investis nous ont été proposés par nos responsables départementaux. Quant à En marche !, ce parti est dans l’incapacité de présenter des candidats dans la plupart des communes. C’est souvent ce qui l’amène à apporter son soutien aux maires sortants d’autres familles politiques. Ne tombons pas dans tous les pièges. De plus, quand on a l’expérience d’un mandat municipal, on sait qu’il est nécessaire de constituer des listes dans un esprit de rassemblement. Tous les maires vous le diront.

Des maires ont quitté LR en se déclarant « macron-compatibles » dans diverses tribunes. Les investissez-vous malgré tout ?

Si certains, qui ont pu être trompés par Emmanuel Macron au début de son quinquennat, nous demandent aujourd’hui de les soutenir, il est tout naturel de leur tendre la main.

Prendre sur sa liste des adhérents En marche !, n’est-ce pas prendre des risques pour les prochaines sénatoriales ?

Faites confiance à Gérard Larcher, à Bruno Retailleau et aux sénateurs membres de la CNI pour y être attentifs et à nos maires pour s’assurer de la solidarité de leurs colistiers au moment des sénatoriales.

L’ex-président de la fédération de l’Hérault, mais toujours membre de LR, est tête d’une liste soutenue par le RN à Sète…

Sébastien Pacull a de lui-même démissionné de ses fonctions en nous adressant un courrier. Il n’a, de toute façon, plus rien à faire chez nous, s’il fait alliance avec Marine Le Pen.

Par une circulaire, le ministre de l’Intérieur n’impose l’attribution de nuances politiques qu’aux villes de plus de 9 000 habitants. Cela ne risque-t-il pas de compliquer la lecture des résultats ?

Cette circulaire est un scandale. Nous sommes dans des petites combines politiciennes. Le ministre de l’Intérieur a choisi à l’évidence l’intérêt partisan de La République en marche au détriment de l’intérêt général. C’est inacceptable. Nous sommes en train de préparer un recours contre cette circulaire, que nous déposerons vraisemblablement ces prochains jours.

François Fillon sortira du silence fin janvier dans une émission. Cette prise de parole vous paraît-elle opportune ?

S’il s’exprime, je lui fais confiance, c’est certainement qu’il a des choses à dire.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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