SociétéChristian Jacob aux Echos : « La réforme des retraites n’a plus de réforme que le nom »

2 janvier 2020
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Le président du parti Les Républicains réagit, dans « Les Echos », aux voeux d’Emmanuel Macron, qu’il dit « déconnecté du monde réel ». Il l’appelle à retirer une réforme des retraites qui n’a « ni queue ni tête » et à tout remettre à plat. « Chaque jour qui passe, l’exécutif recule », dénonce-t-il, s’efforçant de convaincre les électeurs de droite que le chef de l’Etat « n’est pas un président réformateur ».

Emmanuel Macron a-t-il eu, dans ses voeux, les mots qu’il fallait ?

Ces voeux étaient une compilation de phrases de communicants où l’on avait voulu placer des mots-clefs, mais sans ambition, sans empathie. Il y a du François Hollande chez Emmanuel Macron, avec, globalement, une vraie incapacité à trouver le fil pour nouer une relation avec les Français. Le président de la République apparaît plus que jamais déconnecté du monde réel.

Contestez-vous les premiers résultats de sa politique économique qu’il a célébrée, notamment 500.000 emplois créés depuis 2017 ?

La réalité est bien différente que le laissait entendre cet exercice d’autosatisfaction. Combien d’emplois ont disparu dans le même temps ? Depuis deux ans et demi qu’il est au pouvoir, les choses sont assez claires : la dette continue d’augmenter – pour la première fois de notre histoire, elle a atteint 100 % du PIB -, la dépense publique s’accroît de manière inquiétante – à un rythme plus rapide que lors du quinquennat précédent – et la balance commerciale se dégrade, ce qui montre que les entreprises françaises sont de moins en moins compétitives à l’exportation. Le résultat, à terme, ce sera davantage de prélèvements obligatoires.

Emmanuel Macron a-t-il tort de vouloir mener à son terme la réforme des retraites ?

Cette réforme n’a plus de réforme que le nom. Avec pas moins de trois régimes d’âge différents – ceux qui sont nés avant 1975, ceux qui sont nés entre 1975 et 2005 et ceux qui sont nés après -, plus personne ne sait où on en est. Et chaque jour qui passe, l’exécutif recule ! Un conducteur de la SNCF embauché cette année qui prendra sa retraite en 2060 pourra toujours partir à 58 ans. Affirmer, comme le fait Emmanuel Macron, qu’un euro cotisé ouvrira les mêmes droits ne veut plus rien dire. Son discours, si tant est qu’il ait eu un sens au départ, n’en a plus aujourd’hui. Le régime soi-disant unique est devenu un régime inique. Avec les exceptions et les différentes mesures d’âge, on va se retrouver avec un système beaucoup plus complexe et avec plus de régimes spéciaux qu’avant… Ca n’a plus ni queue ni tête.

Lui affirme ne rien vouloir céder à l’« immobilisme »…

Mais il a déjà cédé ! Il cède au fur et à mesure, comme avec les « gilets jaunes » . Non seulement il n’y a pas de réforme mais, en plus, il augmente la dépense publique. Cette réforme est la démonstration d’une impréparation totale et, disons-le, d’un total amateurisme.

Comment sortir du blocage aujourd’hui ?

Il y a urgence à retirer cette réforme qui n’a plus de sens et à tout remettre à plat. Parce que oui, il faut réformer le système. Je rappelle que les Républicains ont fait sur le sujet des propositions très claires avec, notamment, un report de l’âge légal, qui est, contrairement à l’âge pivot, une mesure d’équité et de justice, et qui évite une baisse des pensions.

LR n’est-il pas en porte-à-faux sur ce sujet ? Les principes de la réforme de l’exécutif séduisent l’électorat de droite…

Le président s’enferme dans des mots qui peuvent être doux à l’oreille – régime unique, fin des régimes spéciaux – mais chaque jour qui passe, il vide la réforme de toute sa substance. La vérité, c’est une incapacité à agir. Il faut ouvrir les yeux : il n’y a pas de réforme et le président de la République ne sait plus où il va. A chaque fois, qu’il fait un discours, Emmanuel Macron a l’impression qu’il fait une réforme. Dans les faits, il n’est pas un président réformateur mais un président dans l’incapacité réelle d’agir. Le président est dans l’impossibilité de tenir les engagements du candidat.

La légion d’honneur accordée au patron du gestionnaire d’actifs BlackRock France, en plein conflit sur les retraites, vous scandalise-t-elle ?

Sur ces affaires, j’ai tendance à faire confiance à la vigilance de la Grande Chancellerie (de la légion d’honneur, NDLR).

Le chef de l’Etat dit vouloir un « nouveau modèle écologique » en 2020. Que préconisez-vous ?

Nous avons toujours été favorables à une écologie qui ne soit pas punitive mais incitative, avec une taxe carbone aux frontières européennes. Là encore, Emmanuel Macron est dans le verbe. Cela fait deux ans qu’il nous l’annonce et aucune initiative n’a été prise. A-t-il fait le tour de capitales européennes sur un projet concret ? Rien. C’est aussi le cas sur l’unité de la nation. Il promet des initiatives mais cette unité, qui l’a fracturée ? Qui a parlé des premiers de cordées, qui a parlé de ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ? On croit rêver.

Si Jean-Luc Moudenc ou Christian Estrosi sont réélus maires en mars, faudra-t-il le mettre au crédit de LR ou de LREM, qui les soutient ?

Ne tombez pas dans ce piège du porte-bagages. Jean-Luc Moudenc et Christian Estrosi sont des militants LR, à jour de cotisation, engagés dans leur famille politique. Il n’y a pas l’ombre d’une ambiguïté. Les représentants de la majorité présidentielle dans l’entourage du maire de Toulouse seront moins nombreux après l’élection qu’ils ne le sont aujourd’hui. Si LREM les soutient, c’est parce qu’elle n’a aucun ancrage sur le territoire et est dans l’incapacité totale de présenter des listes. Les médias ne doivent pas être dupes de ces manoeuvres.

Que répondez-vous à ceux qui, à LR, vous reprochent d’être trop conciliant avec LREM aux municipales ?

J’ai présidé notre groupe parlementaire pendant neuf ans, on m’a souvent reproché d’être un opposant farouche à François Hollande et Emmanuel Macron. Rassurez-vous, je n’ai absolument pas changé.

Pour se reconstruire, la droite veut plancher sur de « grandes causes », notamment le handicap et les salaires. Est-ce le signe d’un virage idéologique, avec plus de social et moins de libéralisme ?

Non. Tout parti de gouvernement doit être en capacité de répondre à toutes les attentes de la société, donc à la fois les sujets que l’on qualifie de libéraux et auxquels je suis très attaché, mais aussi le social. Les valeurs de la droite ont été et restent l’autorité, l’attachement au droit de propriété, la compétitivité de nos entreprises et la solidarité plutôt que l’assistanat. C’est un équilibre, pas un virage.

Les salaires sont-ils trop bas en France, comme le dit votre numéro deux, Guillaume Peltier ?

On a un vrai sujet de pouvoir d’achat. Il faut augmenter le pouvoir d’achat mais sans handicaper la compétitivité des entreprises. C’est la raison pour laquelle nous nous engageons dans une baisse durable des dépenses publiques.

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

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