Etat et collectivitésDamien Abad au Figaro : « Nous devons chasser sur les terres de Macron »

12 novembre 2019
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Le nouveau président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale confie ses priorités au Figaro, sa vision de la droite et son regard critique sur la « promesse macronienne ».

Quel est le premier message de président du groupe Les Républicains que vous adresserez au gouvernement mardi, dans l’hémicycle ?

Notre société est fracturée, notre pays est divisé. Dans cette deuxième partie du quinquennat qui s’ouvre, après un an de « gilets jaunes » et en cette date anniversaire des attentats terroristes du Bataclan, notre angle prioritaire portera précisément sur ces fractures territoriales et culturelles préoccupantes et la difficulté du rapport entre le président de la République et les Français. C’est une faille réelle du chef de l’État, car la promesse macronienne de réconciliation nationale s’est transformée en impasse politique. La droite est là aujourd’hui pour s’opposer à ce gouvernement, mais également pour proposer. Nous nous présenterons comme une force d’alternance aux yeux des Français.

Quel combat parlementaire attendez-vous à l’Assemblée ?

Je m’attends à un débat rude, que nous devons mener au nom de la démocratie, avec respect mais avec fermeté. Je veux m’inscrire dans la ligne d’une droite qui n’a pas peur de reconnaître ce qui est positif tout en allant jusqu’au bout dans la dénonciation des contradictions du macronisme. Il y a un nouveau cycle d’oppositions à inventer. Nous devons défendre des positions fortes sur quelques sujets ciblés qui révèlent la faillite de ce pouvoir.

Quelle est la plus grande faille d’Emmanuel Macron, selon vous ?

La déconnexion.

Quels sont les grands rendez-vous du débat parlementaire à ne pas manquer pour la droite ?

L’agenda sera dense. Nous sommes toujours dans le budget, avec le projet de loi de finances rectificatif. Après un an d’une tension sociale qui s’est manifestée à travers les « gilets jaunes », le moment est venu de rappeler le coût économique, sans précédent, de cette crise. Ce qui nous conduit aussi à alerter les Français sur la dette et la dérive budgétaire de ce gouvernement. Ensuite viendra la thématique de l’économie circulaire, sans oublier les débats régaliens sur l’immigration, l’aide médicale d’État ou la laïcité. Au-delà de ces sujets importants, nous comptons pointer les limites actuelles de l’Assemblée et de son règlement.

Quelle feuille de route fixez-vous au groupe LR mardi, lors de votre première réunion de travail ?

Avant la trêve de Noël, quatre chantiers doivent être ouverts : les idées, la stratégie, l’organisation et la cohésion. Je veux rappeler le besoin d’unité et envoyer les premiers signaux en ce sens. Mon élection, avec un soutien clair de mes collègues députés LR, nous permet de créer les conditions de ce rassemblement. C’est fondamental. Mon deuxième message porte sur le respect de nos différentes sensibilités internes. Elles doivent être notre richesse. Nous devons les transformer en force collective en travaillant sur notre organisation, la répartition du temps de parole, les niches et les commissions d’enquête parlementaires. Tous les outils législatifs dont nous disposons doivent nous permettre de faire exister ce collectif. Enfin, ayant été élu sur un projet, je compte l’appliquer intégralement. Je constate une attente forte de dynamique, de visibilité et de stratégie en matière de communication.

La dynamique LR n’existe pas. Quels éléments permettront de la relancer ?

D’abord, les idées. Au sein du groupe, nous devons constituer un pôle capable de dégager les grandes lignes directrices de la droite. Nous devons renouveler notre pensée économique, notamment. Ensuite, l’autre élément important est l’incarnation. Il faut mettre en avant de nouveaux visages et faire monter des parlementaires reconnus pour leur expertise. La dynamique se créera en challengeant Macron sur les questions économiques, mais aussi environnementales et sociales. Jusqu’à présent, il a beaucoup chassé sur nos terres. À nous désormais de chasser sur les siennes. La droite veut défendre notre société sous l’angle de la méritocratie, de l’effort, de l’ascension pour chacun, de la promesse républicaine du succès et de l’éloge de la différence. Notre vision est exactement l’inverse de la vision macroniste, marquée par le nihilisme, l’hyper-administration, l’égalitarisme à outrance et l’idée que tout vaut tout.

Peut-on interpréter votre élection comme une envie d’autonomie des députés vis-à-vis du parti présidé par Christian Jacob ?

Cette élection a montré une chose : les députés ancrés sur le terrain veulent farouchement faire bouger les lignes et créer une nouvelle dynamique. Je souhaite préserver cette autonomie, mais celle-ci ne doit pas empêcher des liens indispensables et une bonne entente avec le parti présidé par Christian Jacob.

Aucun signe d’affranchissement face au courant sarkozyste ?

Je n’ai jamais rencontré la moindre hostilité venant des sarkozystes. Et lorsque j’ai rencontré Nicolas Sarkozy pour lui annoncer ma candidature, il m’a encouragé à la porter. Je crois surtout que ma force est de n’appartenir à aucun courant et de n’être prisonnier d’aucun ancien candidat à la primaire. Je ne suis inféodé à personne et je veillerai à représenter chaque député de notre groupe.

Au point de troubler certains élus qui vous soupçonnent d’être un peu partout à la fois ?

Mais moi, je suis à droite ! C’est pour cela que le groupe va s’ouvrir. Car nos députés ne veulent plus être enfermés dans des chapelles ou des écuries. Ils peuvent être d’accord avec Pécresse, Bertrand, Wauquiez, Baroin ou d’autres sur de multiples sujets, mais sans appartenir à un seul clan. C’est le message de notre victoire.

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